ABD AL MALIK
Après son premier disque Le face à face des coeurs et son livre Qu'Allah bénisse la France, parus tous les deux au début de 2004, Abd Al Malik franchit une nouvelle étape. En s'inspirant de la chanson, du jazz, et du slam, ce style parlé-chanté né à Chicago au début des années quatre-vingt dans le sillage du mouvement hip hop, son deuxième album renouvelle l'esthétique du rap.
Pour Gibraltar, le leader des New African Poets (NAP), s'est imposé un cahier des charges quasi-éthique : « déconstruire dans la forme la notion même de rap tout en restant hip hop ». Il a réuni autour de lui son complice Bilal qui a composé la plupart des titres, Laurent Vernerey à la basse, Olivier Daviaud au violoncelle, Renaud Létang au mixage. Wallen fut conviée à prêter sa voix. Matthieu Boogaerts offrit quant à lui sa guitare. N'oublions pas non plus le pianiste Gérard Jouannest qui compose et interprète trois pièces au piano, et l'accordéoniste Marcel Azzola, deux vétérans qui ont travaillé autrefois avec Jacques Brel, référence absolue pour Abd Al Malik. Dans le rôle du « metteur en sons » - comme on dit « metteur en scène » pour un film - Régis Ceccarelli a apporté son talent de batteur et un esprit jazz que l'on retrouve dans la construction des morceaux et dans leur instrumentation qui sort de l'ordinaire. Il a aussi enluminé l'album avec des samples soigneusement choisis : empruntés aux univers de Keren Ann Nina Simone, Fairuz, Ziad Rahbani, Jean Ferrat et Alain Goraguer, ces échantillons cosmopolites sont autant de décors sonores qui habillent la poésie citadine de Malik.
L'auteur Abd Al Malik puise son inspiration dans le blues des origines. Mais son art descend aussi en ligne directe de toute une généalogie de personnalités qui ont mis leurs voix au service de leurs cultures : les Last Poets ancêtres du hip hop, Gil Scott-Heron poète de référence, Al Green le prêcheur tourmenté, les Positive Black Soul et leur message de paix venu d'Afrique. Comme chez eux, la voix d'Abd Al Malik est un étendard qui lui permet de divulguer son message : assorti de sa morale tolérante mais ferme qui ne peut se concevoir autrement que lucide et réaliste, il recèle une volonté omniprésente de faire avancer les choses vers un monde meilleur.
Très conscient de son rôle d'artiste et de sa position de témoin privilégié, l'ancien enfant des banlieues de Strasbourg ose ce constat sur les cités où il a longtemps vécu : « le mal de vivre se conjugue avec des éclats de rire, les intelligences les plus fines côtoient la violence la plus bête ». Il ne veut pas « avoir honte d'être muslim », il parle à « la grande famille de l'humanité » des droits de l'homme, du terrorisme, d'amour et d'espoir. Rap, poésie, chanson, slam, jazz, sa musique forgée dans l'urgence ne ressemble à aucune autre, elle est inédite, moderne et inventive.
Rappeur d'origine congolaise converti au soufisme, Abd al Malik n'hésite pas à citer dans un même élan Deleuze, Derrida, et Saul Williams. Ceux qui auront lu son livre comprendront Son flow, très attachant car fragile et toujours en équilibre, est la marque de fabrique de ce nouveau swing urbain. OVNI musical et culturel, Gibraltar est un disque qui pourrait bien marquer son époque.
Il est le grand gagnant du Prix Constantin 2006, coiffant au poteau Emily Loizeau, Grand Corps Malade ou encore Katerine et le vainqueur des Victoires de la Musiques 2007 dans la catégorie "Album de musique urbaine de l'année". En 2008, il propose l'album Dante, qui contient des collaborations avec Juliette Greco et Wallen, femme à la ville du slameur.
En 2010, le slameur revient avec un nouvel album, Chateau Rouge. Ce dernier a été réalisé par Gonzales et contient des collaborations avec des artistes comme Papa Wemba, Wallen ou encore Ezra Koening de Vampire Weekend.


