BALOJI
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Baloji, aussi connu comme MC Balo au sein du groupe Starflam, est un rappeur belge d’origine congolaise.
Baloji est né le 12 septembre 1978 à Lubumbashi au Congo. Né d'une liaison illégitime, il quitte sa mère à 3 ans et embarque avec son père pour la Belgique, qui s'installe d'abord à Ostende. Suite au conflit du Katenga en 1991, la famille est obligée de déménager à Droixhe, quartier de Liège; mais Baloji se sent étranger à son entourage. Quatre ans après sa naissance au Congo, le père de Baloji l'emmène en Belgique. Il y découvre le hip-hop à 13 ans, et se passionne pour le tag et la danse. Il s'intéresse tout particulièrement au rap d'Akhénaton. A 15 ans, il fait partie du collectif Starflam, un groupe de sept personnes dont il est le plus jeune. Le groupe décroche un disque de platine avec l'album 'Survivant' et fait plusieurs tournées, dont une en première partie d'Assassin, aux côtés de MC Jean Gab'1. En 2003 sort leur ultime album, 'Donne-moi de l'amour', et Baloji arrête la musique pour un temps. Il se lance alors dans le théâtre, écrit des nouvelles et remporte un concours de slam en mai 2005. Ces expériences personnelles et variées lui redonnent confiance en lui. Il sort en 2007 l'album 'Hotel Impala', synthèse de ses vies : le Congo et la séparation d'avec sa mère, la Belgique et l'abandon de son père. Son premier album solo est un mix d'influences soul, afro beat et hip-hop. Baloji, dont le nom signifie 'sorcier' en swahili, est un jeune chanteur aux influences musicales riches dont on n'a pas fini d'entendre parler.
Maître d'Hôtel
INTERVIEW DE BALOJI
Entre le Congo et la Belgique s'étale l'histoire de Baloji, jeune rappeur au premier album solo sensible et autobiographique. On trouve dans 'Hotel Impala' une verve franche et des musiques d'ici et d'ailleurs. Entre concerts et sortie de son disque, Baloji défend ses morceaux.
C'est au bout du labyrinthe d'EMI, la maison de disques qui soutient le premier projet du jeune rappeur, que l'on trouve Baloji tranquille et accueillant, un peu fatigué de sa prestation la veille au Zèbre de Belleville à Paris. Tout au long de l'interview, l'échange est sincère et chargé d'histoires qui se tissent autour des points sensibles qu'il a décidé de prendre à son quotidien pour nourrir 'Hotel Impala'. Un discours fort sous un masque de simplicité et d'humilité.
'Hotel Impala' est votre premier album solo après votre carrière au sein du groupe de hip-hop Starflam. Comment s'est construit ce projet ?
J'ai eu l'idée de faire cet album pour ma mère, en le terminant par un morceau de Marvin Gaye qui s'appelle 'I'm Going Home', rebaptisé 'Nakuenda' pour des questions de droits. L'album s'est construit en un an, j'y ai travaillé nuit et jour. Avec tout ce que j'avais en tête, ça m'a pris beaucoup de temps pour trouver les musiques qui colleraient à mon projet. J'ai écrit tous les textes et composé un tiers des morceaux. Des musiciens sont intervenus après, car j'avais envie de casser la rigidité des samples de la démo en mêlant différents sons. On a tout enregistré dans un tout petit studio en Belgique.
Quand on écoute l'album, il en ressort une grande diversité musicale. D'où viennent toutes vos influences ?
J'ai vraiment écouté de tout quand je suis arrivé en Belgique. Quand j'avais 18 ans, j'écoutais beaucoup de reggae, du rap, et puis de l'électro et du folk. Avec cet album, j'ai eu envie de faire en sorte que chaque morceau soit comme un épisode de ma vie. Et pour chacun de ces épisodes, il y a un style de musique qui correspond à ce que j'avais dans les oreilles à l'époque. Par exemple, le morceau 'Entre les lignes' fait très chanson française, référence à Michel Berger ou Francis Cabrel sur son premier album que j'écoutais à un moment donné. J'ai vraiment tenté de créer un univers cinématographique pour chaque morceau, pour que la musique suive l'émotion des textes, et que l'on puisse s'y identifier.
Vous avez invité de nombreux musiciens et chanteurs d'horizons divers à participer à votre album, comme le chanteur soul Amp Fiddler ou le compositeur pop-rock Gabriel Rios. Comment se sont passées ces collaborations ?
Beaucoup de gens ont en effet participé à l'album. Gabriel Rios est exilé en Belgique comme moi et j'ai trouvé des similitudes entre nos deux histoires. C'est pour ça que je l'ai invité sur le morceau 'Entre les lignes', qui parle de cette adaptation difficile à un environnement étranger. Pour Amp Fiddler, c'est un pur hasard. Peu de temps avant l'enregistrement de l'album, il jouait en Belgique et je l'ai contacté. Il a accepté tout de suite de chanter sur la reprise de Marvin Gaye. J'ai eu beaucoup de chance.
Que pensez-vous de la situation du Congo ?
A l'occasion du clip que nous avons réalisé, j'y suis retourné. Ca a été un vrai choc. Le Congo est un pays à la dérive, exploité par ses voisins et qui n'a pas su passer le cap de la colonisation : rien n'a été construit là-bas depuis 1964. Imaginez l'état des villes… Le pays paie aussi bien sûr, et très lourdement, les conséquences du "mobutisme". C'est très triste. Je ne me sentais pas vraiment concerné par tout ça jusqu'à ce qu'on me rapporte une histoire sur la déportation et les morts de mon ethnie. C'est effroyable. Le Congo a un gros problème d'ingérence, mais il est tant d'aller de l'avant et d'arrêter de s'entretuer. J'étais obligé d'en parler, je n'avais pas le choix. Dans le morceau, je dis : "La terreur vue d'ici, c'est comme la Terre vue du Ciel." Je parle du fait de se sentir comme un simple spectateur. Mais je pense que la solution viendra de ma génération. C'est à nous d'aller de l'avant.
Cet album est une sorte de lettre à votre mère congolaise, afin de lui raconter ce que vous avez fait pendant toutes ces années où vous étiez sans nouvelles l'un de l'autre. Comment voyez-vous ce bilan, aujourd'hui ?
Mon histoire personnelle est vraiment liée à la chance. Pendant des années, je pensais que j'étais miséreux. Au final, aujourd'hui, je suis loin de ce constat. J'ai eu ma mère au téléphone après un très long moment de silence, elle m'avait vue sur MCM Afrique, et m'a dit qu'elle avait toujours pensé que je ferais de la musique. L'ombre de Marvin Gaye veille sur mon album car au moment où mon père m'a emmené en Belgique, ce grand homme venait de s'y installer. Je me sens un peu différent de nombreux artistes rap car, avec mon exil, j'ai eu une vraie envie de persévérer. J'ai eu envie d'aller plus loin que le recueil de poèmes avec cet album, pour partager cette idée. On est sur une terre où l'on peut se battre pour vivre et poursuivre ses rêves.
Propos recueillis par Minnie Benoliel pour Evene.fr - Décembre 2007
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