FORTUNE
Fin 2007, Fortune sortait un premier maxi dense où quatre bombes pop/rock synthétiques rivalisaient d'ingéniosité pour nous faire danser et nous émouvoir en même temps. Autant dire que l'album était attendu au tournant…
Assez loin de son précédent duo hip hop électronique Abstrackt Keal Agram qu'il formait avec Tepr, Lionel Pierres écrit aujourd'hui pour Fortune des chansons pop en anglais. Une fois passées entre les mains des autres musiciens du groupe, celles-ci prennent les atours de hits new wave jouant autant que possible la carte du clair-obscur.
En effet, la limpidité des mélodies côtoie ici un groove souvent sombre, et ce contraste finalement peu courant demande à être apprivoisé dès les premières écoutes de "Staring at the Ice Melt". Un autre aspect caractéristique de cet album tient dans son équilibre permanent entre écriture et production, sonorités acoustiques, électriques et électroniques, références conscientes et inconscientes.
Et justement, concernant les influences, alors que nombre de groupes identifiés aujourd'hui comme "post-punk" se placent clairement dans la lignée d'une ou de plusieurs formations mythiques (au choix Joy Division, Talking Heads, Gang Of Four, Depeche Mode, The Cure, Human League, New Order…), Fortune fait de l'anti-jeu : si l'on peut entendre ponctuellement des réminiscences de certains de ces artistes dans la musique du groupe, les influences citées par son leader vont aussi bien de formations pop/rock des années 1960 telles que The Zombies, The Troggs ou Love, à la disco en général pour son approche rythmique, en passant par le "King of Pop", Michael Jackson.
Du côté des artistes ayant émergé durant la dernière décennie, ses références incluent Grandaddy, Dopplereffekt, Lo-Fi-Fnk et Vampire Weekend. Citons également The Cars, un groupe parfois oublié dont le tube de 1982 "Since You're Gone" fait ici l'objet d'une reprise étonnante et addictive. U
n choix d'autant plus intéressant que si The Cars est loin d'être la référence principale de Fortune, les deux groupes ont finalement beaucoup en commun, à commencer par l'écriture en elle-même. Mais aussi et surtout par la fusion qu'ils opèrent entre pop, art rock et synthétiseurs, un peu comme l'avait initiée auparavant Roxy Music.
Cependant, l'alchimie dont il est ici question aurait difficilement pu s'opérer sans un important travail de production. Ce rôle a été confié au "cinquième membre" du groupe, Pierrick Devin, qui a par ailleurs collaboré avec Adam Kesher, Alex Gopher, Cassius ou encore Cut Copy. En plus de ce travail de production, il a composé l'interlude éthéré "Cars" et co-composé le très romantique "Venus".
Le mixage, déterminant dans la recherche d'équilibres décrits plus haut, a été assuré par Stéphane "Alf" Briat, déjà producteur ou mixeur pour des artistes tels que Phoenix ("United"), Air ("Premiers Symptômes", "Moon Safari", "The Virgin Suicides"), Sébastien Tellier ("Sessions")… Enfin, trois artistes sont également venus enrichir la palette sonore de l'album : Arnaud Roulin de Poni Hoax (basse synthé et clavinette), Jean Thévenin (percussionniste déjà entendu du côté de Hopper, Tahiti Bob & The Palmtree Family, Soko, Toyfight…), ainsi que Melody Prochet (alias My Bee's Garden) pour les choeurs.
On l'aura compris, "Staring at the Ice Melt" est le résultat d'un travail abouti et tout en nuances centré autant sur l'écriture que la production. De quoi aiguiser la curiosité quant à la transposition en live…
L'exercice ne devrait cependant pas décevoir étant donné le savoir-faire dont les 4 musiciens ont déjà fait preuve dans le passé, que ce soit au sein de Fortune ou de leurs précédentes formations.


