GINGER ALE

La vie d'un groupe est un chemin parsemé d'embûches qui, lorsqu'elles sont surmontées, lui donnent souvent un supplément d'âme, ce petit rien qui fait les grands disques...Ginger Ale pourrait en être le parfait exemple.

Retour sur les faits : En 2001, Stéphane et Jonathan, un jeune duo de producteurs/musiciens français se présente dans un grand label international avec une collection de maquettes qui tapent dans l'oreille du directeur artistique. L'année suivante sort sur ledit label "Laid Back Galerie", recueil de titres d'obédience new wave assumée (dont une reprise de Siouxie & the Banshees), qui a pour particularité de réunir autour de nos deux metteurs en son, un aréopage hétéroclite mais cohérent d'interprètes, tous reconnus et installés dans leur domaine. Le casting laisse rêveur. Etienne Daho, Sondre Lerche et Johan Asherton, entre autres, répondent présents pour apporter leur patte (et au passage leur caution artistique) au son Ginger Ale : Une libre utilisation des instruments et des sons les plus emblématiques des années 80 (des basses qui évoquent « Low Life », des synthés qui lorgnent vers « Seventeen Seconds ») avec une lecture pop résolument contemporaine, affranchie des clichés du genre. Tout est là, jusqu'à la pochette, signée Philippe Bertrand, auteur d'une des BD cultes des années Gym Tonic, "Linda aime l'art". L'accueil est enthousiaste, les taste makers répondent présents et même les radios, ataviquement frileuses, se penchent sur le berceau de nos parisiens.

Enfonçant le clou de ce succès critique, Stéphane, à la basse et Jonathan aux claviers et machines s'adjoignent le renfort d'un batteur et d'un guitariste et partent sur les routes de France. La partie vocale sera, quant à elle, subtilement assurée par Angèle, présente sur trois titres de "Laid Back Galerie" sous le nom de Klima, son projet solo. En quelques semaines de tournée, l'équipe réussit la gageure de transcrire, sur scène, un travail de producteur en lui administrant une dose de rock tendu de facture toute britannique. Les dates s'enchaînent mais les problèmes arrivent...
Très vite, Jonathan se sent à l'étroit dans le costume qu'ils partagent et part sous d'autres cieux. Puis, à la faveur d'une ces crises qui commencent à agiter le microcosme de la musique, Ginger Ale se retrouve sans label.

Mais à toute chose malheur est bon. Angèle, devenue un élément indispensable à la vie du projet, l'intègre à part entière tout en continuant Klima (signé chez Peacefrog en Angleterre) et en collaborant occasionnellement à Piano Magic. Elle devient fin 2003 le second membre de Ginger Ale. Avec elle, Stéphane s'attelle à la préparation d'un second opus. Ils prennent leur destin en main en créant leur propre label, Crazy Car Driver. La direction sera nouvelle, la voix d'Angèle, dorénavant essentielle, sera le fil conducteur de cet album dont le titre, "Daggers Drawn" (littéralement "à couteaux tirés") se fait rapidement jour, comme une évidence, après les épreuves traversées. Fort de ses expériences de réalisateur pour Brigitte Fontaine (Kékéland) ou Nina Morato (Moderato) et de musicien de scène pour Miossec, Elista, Laudanum ou encore Louis, Stéphane développe l'univers de Ginger Ale avec désormais une alliée vocale à la tessiture riche et à la fragilité envoûtante.

Encouragés par le succès de "If" leur titre avec Etienne Daho, récupéré par ce dernier pour son album et désormais agrémenté de la voix gracile de Charlotte Gainsbourg, ils enchaînent les titres dans leur home studio au coeur de Paris. Ils y reçoivent la visite de Michael Furnon (Mickey 3D), Matthieu Malon (déjà présent sur Laid Back Galerie), François Pavan de Park et de Vail de L'Amour is the Answer (des newcomers à suivre...) pour des collaborations fructueuses (la voix neurasthénique de Mickey fait merveille sur "Un peu après minuit"). Bientôt, les 11 titres de Daggers Drawn sont prêts, le mixage de Marlon B. (Sébastien Tellier, M...) apporte la touche finale à un album qui a gagné en cohérence et homogénéité par rapport à son prédécesseur. "The rules of the Market", impeccable titre d'ouverture, résume à lui seul l'histoire mouvementée d'un groupe français aux prises avec la dure réalité du music business, "Un été dans le vent", ballade ensoleillée, témoigne de la sérénité retrouvée d'un groupe désormais équilibré et "Out of the Blue" confirme le potentiel dancefloor esquissé sur "Laid Back Galerie". La pochette enfin, adaptation réussie de la fameuse toile de Grant Wood, "American Gothic", vient souligner la rigueur et l'ascétisme artistique qui ont prévalus à la confection de l'album. Ginger Ale a achevé sa mutation.

"I don't care, I don't care, what you want me to be, I'm me, I'm me, I'm no pawn in your game..." répète à l'envie Angèle dans "The Rules of the Market"...La vie d'un groupe n'est pas un long fleuve tranquille, peut-être est-ce le prix a payer pour accoucher de chansons qui resteront dans les coeurs et sur les platines ?...

GINGER ALE