JOSEPH LEON

Vous avez peut-être croisé sa silhouette bancale et ses cheveux en bataille, sur les planches du Baron, du Tryptique, ou du Réservoir où Joseph Leon a traîné le spleen élégant de son duo guitare-chant ténébreux. Mais sur sa vie, vous ne saurez pas grand chose. « J'ai 33 ans, je suis Libanais, et je vis à Paris. Ce qui m'importe, c'est la musique, les chansons, et mon métier qui est d'en écrire ». Il nous faudra donc nous contenter du disque.

Si «Hard As Love» est un premier album auto-produit, il s'avance déjà dans la cour des grands. Dès les premières notes «Up In The Air», dont la grace folk côtoie les plus belles heures de l'Americana, l'émotion (quasi) amoureuse
parcourt l'échine. Joseph confie: " C'est un album nostalgique, romantique et épistolaire decrivant des scènes de la vie conjugale, de la rencontre à la séparation. J'aurais aimé qu'il soit ne dédié qu'à une seule femme, mais la vie a fait qu'il y a eu plusieurs destinataires ».
Cette nostalgie semble comme inscrite dans le son du disque: « Je voulais un album produit à l'ancienne, pour le faire sonner plus chaud. J'avais envie de quelque chose d'un peu désuet. Je tenais donc particulièrement à enregistrer live en studio avec un son le plus proche de celui rendu par une bande analogique. Mais de ce qu'on enregistrait, rien ne pouvait être édité. Soit j'avais la chanson, soit je ne l'avais pas. Deux chansons ont donc disparu de l'album, mais je pense que ce choix m'a permis de préserver mon émotion et ma spontanéité » A cette base Joseph a ensuite décidé d'ajouter quelques arrangements en collaboration avec Benoit Rault (plus connu sous le nom de
Ben's Symphonic Orchestra, auteurs de deux albums de pop folk rêveuse et élégante) et Emmanuel d'Orlando pour les arragements de cordes (compositeur/arrangeur ayant collaboré avec Sebastien Tellier, Mr Oizo et
Jack the Ripper)
Joseph Leon flirte avec un folk hanté dont les notes respirent les grands espaces d'une Amérique imaginaire, rêvée, dont la bannière étoilée prend autant de place qu'un Paris éprouvé « Toute ma culture musicale depuis que je suis petit est anglophone. Je vis dans l'empire américain. C'est une fatalité plus que de la fascination.» Il y a dans ces chansons tristes bercées de lumière, quelque chose du courage des rudes cowboys autant que la trouille des soirées solitaires au coin du feu.

Aujourd'hui, entre saloon jarmushien poussiéreux, jazz bancal de fin de soirée et folk de toujours, ses chansons intimes et touchantes habitées par la présence discrète d'un choeur féminin, fait de "Hard As Love" l'un des disques de folk produit en France les plus sincères entendus à ce jour.
 

JOSEPH LEON