LA BLANCHE
« Imbécile Heureux, c'est l'histoire d'une rencontre entre deux imbéciles malheureux qui décident, sur un coup de tête, de faire de la musique ensemble. Ils apprennent à s'apprivoiser puis ils s'enferment dans un album. Ils y mettent tout ce qui leur manque : de l'intelligence, de la joie et plein d'instruments.
Et à la fin,ça marche : ils sont toujours imbéciles
mais moins malheureux. »
Imbécile Heureux, c'est l'album d'Eric, chanteur abîmé, et de Nicolas, réalisateur à fleur de peau : des chansons gaies en forme de nouvelles, d'autres un peu cruelles, d'autres encore carrément noires...
Bref, des mots, des sensations, une catharsis ou un exorcisme.
D'où vient cette tendresse, au fond, cette quasi-compassion pour les autres, ces histoires parfois étranges ?
De ce Monsieur Sans Histoires si ordinaire, et profondément troublant parce que nous sommes tous un peu lui ? De cette idée de cueillir le présent, aussi banal soit-il, dans Je Suis Content, parce que le futur est trop opaque et effrayant ? Et cette douceur douloureuse des débuts de Sur Ma balançoire, qui s'amuse avec des cuivres d'inspiration mexicaine, enlevée et surprenante ? La Blanche prétend-il nous tirer des larmes ?
C'est possible, et ça fait du bien d'avoir mal.
Les textes sont tirés au cordeau, sans une once de gras, les mots sont précis, clairs, choisis avec une exigence de littéraire et une volonté de simplicité et de clarté, la beauté des images prend des couleurs changeantes, des touches impressionnistes. Là intervient Nicolas Deutsch et le décor, son mot préféré.
Mais pas un décor de théâtre, pas une toile de fond, non, un décor dans lequel La Blanche vit. Les idées de Nicolas Deutsch, papiers froissés, marteaux, osselets et autres sons cherchés pour l'occasion, vibrent comme de minuscules éléments, des broderies fines qui jouent en contrepoint, et les arrangements laissent
en avant cette voix dont le timbre sobre, simple, sans artifice, met en scène la vérité du sentiment, pur, brut, bref si humain. Nicolas Deutsch parle aussi de climat, d'ambiance. C'est si difficile de trouver les mots pour évoquer le non-dit, l'impression. Mais entre les deux hommes et leur univers, naît une alchimie unique.
« Je lui ai donné les clés du véhicule et il m'a conduit où il voulait » affirme La Blanche. « Eric m'a laissé
libre de chercher, d'inventer, de créer un monde » lui répond Nicolas Deutsch. Le chemin n'a pas été long,
ni douloureux, mais ardu, aujourd'hui ils sont heureux d'être à ce point précis, la fin.
Les musiques jouent parfois la contradiction avec le verbe, parfois l'accompagnent, mais ne servent pas d'illustrations. Elles suggèrent et évoquent sans jamais souligner. Ces deux langages jouent à se répondre,s'accorder ou s'accrocher. Ça paraît contradictoire ? Oui, mais écoutez l'album, c'est exactement ça. Sur certaines chansons, la musique louche vers l'ouest le grand, le large, et l'ouest du sud, entre Amérique et Amériques, là où un cow-boy
croise un mariachi et joue avec lui avant de le flinguer parce qu'il a passé la frontière.
Sur d'autres, elle scrute une Europe en grisaille, où villes et banlieues semblent
s'abandonner à la solitude. La guitare est très présente, le violoncelle, parfois clair,
parfois étouffé, les claviers, purs et enjoués. L'ensemble bat comme un coeur,
au rythme des émotions qui le traversent. Vivant et vibrant, cet album parle
de l'Homme. Contradiction là aussi entre l'espace suggéré par les envolées et
l'intimité que l'on ressent à l'écoute de l'album. La Blanche chante, là maintenant,
juste pour vous, écoutez et laissez-vous aller.


