L'ESPRIT DU CLAN
Depuis 1995, en Scène Saint Denis des jeunes ont pris le micro pour gueuler leur rage, tout cela pourrait ressembler au début d'un groupe de rap mais il n'en est rien, l'Esprit Du Clan à en plus d'avoir pris un micro a également décidé de prendre Guitare, Basse et Batterie pour nous en foutre plein la gueule. La zic du groupe à indéniablement un coté Hip-Hop mais sa puissance est à imputer au Hardcore. Le groupe sort en 2002 son premier album, sous la houlette de Big Red (ex Raggasonic) qui est lui aussi tombé sous le coup de force de ce Chapitre 1.
Corpus Delicti, "le corps du délit" en langage judiciaire, fait référence à une scène de crime. Drôle de nom pour un album au caractère pourtant très positif, dont les textes mettent en avant une certaine mélancolie nostalgique, le partage, la solidarité, l'amitié et le bonheur de vivre. Remarquez, c'est peut-être ça la subversion. Être capable de prôner de pareilles valeurs dans une société qui met en exergue les valeurs contraires : la compétition sans foi ni loi, la course aux profits, l'individualisme et l'égoïsme.
Il faut dire que les premiers albums de L'Esprit Du Clan pêchaient un peu au niveau des textes, trop simplistes, trop caricaturaux. Changement de cap donc pour le combo qui, déjà, dans son précédant album, beaucoup plus structuré, délivrait un message sombre et pessimiste, mais beaucoup plus intelligemment emmené.
N'allez pas croire que L'Esprit Du Clan soit pour autant tombé dans la philosophie béate à deux balles. Non, Corpus Delicti est un album furieux, révolté, virulent et hargneux, toujours aussi revendicatif et en colère contre les absurdités de notre petite société. Mais bien que l'on retrouve la noirceur du précédent album sur quelques titres, l'ensemble est cependant beaucoup plus lumineux.
Corpus Delicti est également un album musicalement beaucoup plus ouvert que ses prédécesseurs. Un album dans lequel on discerne, mieux que par le passé, les influences thrash du groupe. Aussi bien dans les beats de batterie ravageurs, que par l'apparition de solos de guitare. Exit l'image de violence extrême pour le groupe, qui ralenti un peu ses rythmes pour caser de bons passages mélodiques, le tout dans des compos plus down-tempo, plus pesantes que par le passé.
Niveau chant, grosse évolution. Hurler un chant hardcore en français impose quelques obligations, il faut une prononciation impeccable pour que les mots claquent comme des balles et soient compréhensibles, seule manière pour qu'ils aient un véritable impact. Les deux chanteurs l'on bien intégré et ont consenti un effort réel sous l'impulsion de leur producteur technique et artistique, l'ami Stéphane Buriez (guitariste et chanteur de Loudblast) qui délivre une prod puissante.
Au final, Corpus Delicti est certainement l'album le plus abouti du groupe. Ralentir la cadence rythmique des morceaux apporte à la musique de L'Esprit Du Clan une force tranquille, une violence canalisée, qui n'existait pas dans les précédents opus. Mais ce nouveau chapitre plus mélodique n'a absolument rien perdu en férocité.


