PHILOS
Nous étions privés de nouvelles de Philos depuis la fin d'Action Packed, joyeuse embarcation ayant réussi au mitant des années 90 à faire fusionner énergie et bonne humeur pour le plus grand plaisir des amateurs de pogo au rhum. On se souvient que son gang basé en Alsace, au sein duquel sa guitare croisait le fer avec des cuivres déchaînés, ne lésinait jamais sur les moyens pour réchauffer l'atmosphère lors de ses prestations (Printemps de Bourges ).
En exil sur l'île de Saint-Martin pendant une poignée d'années, Philos aurait pu nous revenir ramolli par la fréquentation trop assidue des fonds marins. Mais quelques mesures de son premier disque solo réalisé par David Husser suffisent à constater que le mélange soleil/air marin n'a pas érodé un pouce de son talent. Au contraire, la navigation solitaire semble lui avoir permis de se fixer un nouveau cap vraiment prometteur. Le meilleur de ce qu'il faisait en groupe (l'énergie, la fête
) est toujours là, tandis que sa voix a gagné en intensité et en expressivité. Philos, débarrassé des pesanteurs liées au groupe, du mimétisme et des recettes faciles, a pris son temps pour concocter un disque qui lui ressemble vraiment. Il a manifestement mis à profit son isolement pour épurer ses compositions quitte à ajouter une ou deux couches de cuivres et de choeurs par la suite. Le titre « Je voudrais » résonne d'ailleurs comme une véritable profession de foi. Tout en annonçant son retour, il en profite pour mettre les points sur les i : pas question pour lui de rentrer dans le moule !
À mille lieux des courants et des vagues plus ou moins nouvelles, Philos a dérivé lentement vers un nouveau continent. Isolé, il a su puiser chez Brel et Gainsbourg pour trouver sa propre voie sans jamais chercher à les singer.
À l'écoute de son premier disque solo, on comprend que Philos, fan indécrottable de Joe Strummer à qui il dédie une chanson, recherche systématiquement l'ouverture qui l'aidera à ne pas enfermer sa musique dans une pièce mal aérée mais au contraire à l'ouvrir aux vents musicaux les plus variés.
Au final, ce premier disque recèle une poignée de chansons qui s'incrustent dès la première écoute dans le creux de l'oreille, à tel point que l'on se surprend à les fredonner en ayant l'impression de les connaître depuis toujours. Quant à l'influence de la Caraïbe, elle reste discrète, mis à part peut-être dans quelques couplets comme ceux de « Guet apens » laissés dans le vent par un refrain parfaitement irrésistible.
Et si Philos affirme ne pas vouloir faire de politique, il n'hésite pas à convoquer la petite musique de Charlot pour donner un supplément d'âme à sa « Fête du monde », un des meilleurs titres de l'album.
Alléchés par le potentiel scénique de plusieurs chansons dont « Et puis quoi encore ? » particulièrement efficace et choisie en premier single, on attend impatiemment de retrouver Philos sur scène.


