SACHA DI MANOLO
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En 2009, Sacha Di Manolo sort son premier 45 tours, Ride On, chez Ekler’o’shock. Matthieu Gazier, le fondateur du label, lui doit plusieurs découvertes fondatrices à la fin des années 90. En vrac et direct dans le sac de DJ pour les deux amis : le rap US, les sorties de chez Mo’Wax ou Ninja Tune. Pour Ekler’o’shock, c’est une manière de boucler la boucle. Et pour Sacha Di Manolo, la possibilité de mettre son amour indélébile du hip hop au format pop.
Tout commence, évidemment, à l’adolescence lorsque Sacha Sieff, pas encore Di Manolo, délaisse peu à peu le piano qu’il pratique depuis l’enfance pour se mettre au deejaying. Il découvre le rap et les musiques électroniques puis se met à fouiller dans la poussière des bacs de disques à la recherche, en toute subjectivité, de « bonne musique », intègre et prête à l’envoûter. Et c’était bien là tout le sujet de Ride On, « down there in the stacks of grooves, putting the needle on again and again », le sourire jusqu’aux oreilles pour lui qui s’intéresse plus à la production d’un album qu’aux prestations live des artistes qu’il affectionne.
Si son nom échappe encore au grand public, ceux qui s’abîment les yeux sur les crédits, comme Sacha les oreilles sur quelques secondes de musique qu’il s’apprête à sampler, auront déjà pu voir son nom depuis 2003 : avec ses travaux pour Hermès, L’Oréal, YSL ou Citroën mais aussi sur les compilations de Béatrice Ardisson pour qui il reprend Let’s Spend The Night Together des Rolling Stones ou encore Heroes de David Bowie avec Mark Kerr.
Un an après Ride On, Sacha revient avec Cannibal, un EP à la croisée du folk et du hip hop. N’y voyez pas un clin d’œil à son appétit insatiable pour la musique, comme s’il voulait s’approprier les qualités musicales des autres, il n’enregistre qu’à sa manière. De la découverte des vieux sons (funk, soul, hip hop, krautrock, library music ou plus obscurs encore) à la réalisation de musique plus personnelle, Sacha Di Manolo a traversé la route et est désormais à bon port (de casque).
Amarré aux côtés du producteur et musicien américain Daedelus pour le côté « hip hop programmé avec des machines, des bases de rock efficaces dans les samples » et de la classe d’un Beck « super efficace, entre pop et hip hop, je chante et je rappe» pour résumer le propos musical de ce nouveau maxi, Sacha Di Manolo pointe pourtant ses jumelles ailleurs. On pourrait citer Dangermouse pour son travail de producteur avec David Lynch, Sparklehorse, Julian Casablancas, Dan The Automator chez Gorillaz, mais aussi la musique contemporaine, le folk « mal chanté mais avec une orchestration qui me plaît » et les bizarreries électroniques des années cinquante et soixante comme sources de son travail.
Cannibal part dans toutes ces directions, et assume parfaitement ses positions : le bijou pop personnel Come Closer avec « quelques scratches, un sample un peu plus psychédélique, le genre de morceau que j’adore faire ! », le folk spatial de Nothing’s Wrong, le retour aux sources des premiers amours hip hop qu’il ne saurait quitter, «pour faire ressortir l’adolescence avec des morceaux faits en une aprèm et que ça rentre un peu dans le lard » sur Don’t You Hate To Love. Et bien sûr, le morceau qui donne son titre au maxi, Cannibal, « quelque chose de sucré musicalement, alors que le texte, écrit par quelqu’un de beaucoup plus âgé, très imagé, parle d’une histoire d’amour entre un homme ou une femme avec un cannibale ».
Pour les remixes de ce titre, Sacha retrouve Mark Kerr de Maestro (la dernière signature Tigersushi) et ses amis de Frisco, « tous des artistes qui ont un univers crédible, qui évitent les reprises trop mielleuses ». On trouvera enfin le jeune Panteros666 du crew Club Cheval / Sound Pellegrino pour une relecture club tropicale qui ravira les kids d’aujourd’hui.
Entre ces extrêmes, Sacha Di Manolo emprunte et trace de toute manière la troisième voie : celle de la subtilité, qu’aucun ne saurait qualifier de simple bricolage à l’écoute de Cannibal. Boucler la boucle, encore une fois peut-être. Mais en restant sûr de garder le nœud assez coulant pour laisser aller sa créativité et ses envies.
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