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VILLENEUVE

Bienvenue dans un monde sensoriel où s'entremêlent l'euphorie mélodique des sixties, les larsens crus de l'indie rock, les arpèges du folk américain et les avancées futuristes de l'électronica. First Date, le premier album de Villeneuve, est une oeuvre de synthèse menée par un collectionneur de disques outrancier dans sa passion infléchie à vouloir tout connaître. Villeneuve aimerait compiler sur un seul les milliers de disques couvrant tous les genres qu'il accroche aux murs de son salon sous la tutelle d'un tableau de Mario de Berardinis qui orne la pochette de First Date.

Très tôt obnubilé par la musique, Villeneuve fond à l'âge de treize ans devant le jeté de jambes de Keith Richards qui décide de son apprentissage de la guitare et le fait se sentir clairement rock. Puis viennent en rafale Cure, Pink Floyd, Led Zeppelin, le métal, Sonic Youth, Nirvana… La formation classique d'un honnête homme moderne en somme, jusqu'aux premières répétitions en groupe pour passer à la moulinette Minor Threat, Fugazi, Helmet ou encore les Stooges et finir par verser dans le hardcore absolu : cris, violence, nihilisme et sain défoulement.

Quelques années plus tard, la noisy pop le ramène sur le chemin de la mélodie et le fait s'essayer à la composition. Villeneuve joue alors dans un groupe nommé Guernica avec qui il fait ses débuts à la scène entre Marseille et Bordeaux. C'est aussi à cette époque que sur un 4 pistes à cassette puis un 8 pistes numériques, il découvre les curiosités de l'enregistrement.

A la fin de ses études, Villeneuve déménage à Paris. Via Nine Inch Nails, il se passionne pour la musique électronique, se gargarise d'electronica et apprivoise les outils informatiques qui lui donnent les moyens de son autonomie musicale. A force d'expériences laborantines, Villeneuve parvient à cumuler ses influences hétéroclites et ses envies multiples pour déboucher sur une formule inédite de la pop du XXIème siècle.

Une démo envoyée à la presse lui vaut de bonnes critiques (Magic, Octopus, Abus Dangereux…) et plusieurs touches avec des labels choisis. Finalement, il choisit Pias où il apprécie l'équipe.
Villeneuve s'est ensuite enfermé dans son home studio peaufinant avec un soin infini ses textures, ses mélodies et ses beats en compagnie de sa muse Mélanie Pain dont la voix gracile et sucrée a déjà fait mouche dans Nouvelle Vague (dont elle est l'une des interprètes sur disque et en tournée). Les trames des chansons ont toutes été composées chez lui puis enregistrées live à Marseille en compagnie de Cédric Le Roux (basse, guitare, prise de son), puis retraitées, enrichies, manipulées et perverties jusqu'à trouver leur forme définitive. Chantés principalement en anglais par Mélanie et Villeneuve, les différents titres brouillent les pistes et les perceptions pour démontrer que le home studio est l'arme ultime pour sortir la pop de sa naphtaline. Porté tout du long par une inspiration qui déborde et semble ne jamais devoir cesser, First Date s'écoute comme un voyage dans le présent, le passé et le futur de la musique : hommage aux sixties flamboyants avec Things are gonna change, guitare caressée sur le dancefloor (Oh No), chanson française tombée dans l'acide (Plus vite que le temps), influences folk bafouillant dans un bruit blanc (Does anybody hear now), sournoiserie R&B sur tapis métal (Men Like You).

Tout ressemble à un iTunes grillé jouant en simultané l'ensemble de son répertoire et provoquant des alliances d'apparence contre nature qui enfantent de splendides rejetons transgéniques.

First Date est un album domestique où brille un souci pointilleux des nuances. Villeneuve applique des velléités futuristes au format chanson traditionnel, déployant une armada sonore pour trouver à chaque thème son habillement le plus vif. A 28 ans, il peut déjà être considéré comme un producteur à l'empreinte instantanément reconnaissable, obsédé par la mélodie parfaite et qui a beaucoup rêvé à l'écoute des Beach boys, Karen Dalton, My Bloody Valentine, David Axelrod ou des sorties du label Rune Gramophone. Loin du snobisme d'avoir fait ses premières armes auprès de M83 dont on retrouve Look At Me, fruit de leur collaboration sur son premier maxi Graceland, Villeneuve est à classer parmi les songwriters épris d'harmonie et de contrepoint, écrivant des chansons pouvant vieillir et s'écouter plusieurs fois sans grimace. Il y a beaucoup à découvrir ici.

Bon voyage.

VILLENEUVE