{Article] Rendons à Jeff Buckley ce qui est à Léonard Cohen...

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C’est l’histoire d’une chanson que tout le monde connaît. Les connaisseurs et mélomanes savent qu'elle appartient à Léonard Cohen...Pour d'autres, plus jeunes, c'est Jeff Buckley qui en est l'auteur, et pour les totales incultes c'est "la B-O de Shrek"...On parle bien entendu du cultissime : Hallelujah. Bien évidement, on ne peut pas parler d'un tube, ce n'est pas une chanson qui se classera numéro 1 des charts, mais pourtant elle a marqué les esprits sur des générations entières de chanteurs, des fans de musiques. Musique typique à faire pleurer dans les chaumières, on oublie  pourtant souvent d'où elle sort, ses paroles, et son sens caché...

Une chanson en 80 couplets...

La version reprise par Jeff Buckley n’est pas calquée sur l'originale. Elle s’appuie sur une relecture de John Cale. Ce dernier, grand fan de Léonard Cohen avait enregistré un album hommage intitulé "I am Your Fan", dans lequel il reprenait à sa sauce les titres du chanteur, parmi lesquelles figuraient : Hallelujah. Il avait expressément demandé au père Cohen une copie du texte de la chanson… L’ex-Velvet Underground a été surpris de recevoir 15 pages de paroles par fax ! Il a ensuite choisi les passages qu’il préférait. Léonard Cohen a en effet écrit 80 couplets différents, et il changeait assez souvent les paroles lors de ses concerts, si bien qu'il était rare d'avoir deux fois la même version d'Hallelujah.

 

Sexe et religion...

« And remember when I moved in you
The holy dove was moving too
And every breath we drew was Hallelujah »

Léonard Cohen est un poète. Son songwriting hors-pair lui a permis de faire en sorte que les mots soient tellement bien tournés qu’il est difficile de savoir de quoi parlent réellement le texte. Une histoire d'amour passionnelle ? Un hommage religieux ? C'est un peu plus complexe en réalité. En cherchant bien, on se rend compte effectivement que Hallelujah n'est pas un chant religieux et qu'il mêle deux sujets tabous. En fait, le père folkeux s’est servi d’un passage de l’Ancien Testament pour écrire sa chanson, précisément lorsque David et Bath-Cheva donne naissance à leur enfant. Le hic ? cette dernière était mariée…En guise de punition divine, l’enfant meurt peu après sa naissance…En sachant choisir ses mots avec minutie, Léonard Cohen réussit l'exploit d'écrire une chanson sur l'acte sexuel (pourtant dans une Amérique très puritaine), sans jamais se faire censurer. Pour Jeff Buckley, qui avait bien compris le sens de la chanson c'était une sorte d'ode à l'orgasme...

Du Gospel originel au rock mélancolique

Pour une chanson reprise plus de 200 fois, il est dur de se souvenir qu'elle avait une première version cette chanson. Soyez curieux, et allez jeter une oreille à la chanson de Léonard Cohen. On est bien loin de la lecture folk de Damien Rice, rock mélancolique de Buckley ou Cale, ou lyrique de Rufus Wainright. Pour l'auteur originel, c'est le gospel'n'blues qui prévaut. Nous sommes en plein durant les années 60 lorsque Hallelujah est composée. A cette époque ce courant musical avait la main mise sur la musique. Moins déchirante que les reprises de Buckley ou Wainright, la version première peut en revanche se targuer de revêtir une aura sensuelle inégalable. Sans doute le grain de voix grave de Cohen en est pour quelque chose.

Chaque chanteur s'étant attaqué à ce titre a apporté un petit plus à la chanson. Pour Jeff Buckley s'est sans doute la performance vocale qui a marqué les esprits, et son interprétation. Saviez-vous que Hallelujah n'était pas prévu au tracklisting de Grace, l'unique album que le chanteur a publié de son vivant ? Pour la petite histoire, Jeff jouait tous les lundis au bar Sin-é à New York. La reprise était tout simplement l’une des chansons les mieux accueillis du set, par le public venant en masse dans le petit club. Le succès était tel qu’il décide de l’enregistrer et de l’inclure dans l'album. Mais, il n’en a jamais été satisfait, la trouvant beaucoup trop rapide à son goût. Aujourd'hui pourtant, c'est le titre le plus connu de sa discographie, et c'est l'un des rares cas dans lequel une reprise surclasse l'originale.

 

Sabine Bouchoul, à retrouver aussi sur le blog Rock N' Fool, un blog musical !

Commentaires

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la version d'hallelujah chanté par Pascal Mono est sublime!