[ON REFAIT LA MUSIQUE] Emission #10 : Le streaming est-il le serial killer de l’industrie musicale ?

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Aujourd’hui, nous nous demanderons à quoi sert le streaming ? Le streaming est il le fossoyeur, le dexter de l’industrie musicale ? Il y a quelques mois, je m’étais fait fâcher très fort par le patron d’un site d’écoute de musique à la demande sans téléchargement (donc de streaming) car j’avais écrit que sa structure n’était pas le sauveur de l’industrie musicale.

J’avais aussi dit qu’il fallait faire attention à ne pas devenir le prochain MySpace. A l’époque, ça c’était très mal passé. Et maintenant moins. Même des grands pontes de l’industrie musicale disent que cette structure peut devenir le prochain MySpace.

Il y a quelques mois, Stéphane Le Tavernier, le président de Sony Music France, disait dans Libération que le streaming était un modèle plutôt encourageant et l’amorce d’un nouveau modèle de rémunération de la musique se met en marche et peut faire revivre la filière.

Une prédiction contrecarrée par la décision prise par le distributeur ST holdings qui regroupe plus de 238 labels indépendants, et qui a décidé de retirer tout son catalogue de Spotify. Pour reprendre l'expression de l'un des labels: “Gardons notre musique spéciale, fuck Spotify”.

Pour étayer son propos, ST Holdings cite l'étude réalisée par NPD Group et NARM qui montre qu'un abonnement à Spotify entraîne une diminution des achats de titres et d'albums chez ces utilisateurs.

Cette désertion des labels indépendants intervient après la décision de Coldplay de ne pas mettre son nouvel album Mylo Xynoto sur Spotify. Une semaine plus tard, le groupe établissait un nouveau record de ventes digitales pour l'Angleterre, avec 83.000 exemplaires téléchargés.

Les Black Keys ont pris la même décision, ils ont décidé de ne pas aller sur Spotify pour vendre leur nouvel album. En moins d’une semaine, ils ont déjà écoulés 206 000 copies. Uniform Motion, un groupe indie-folk anglais a voulu savoir quelle part du gâteau digital allait leur revenir avec la sortie de leur dernier disque.

L’album est disponible sur iTunes, Amazon, Deezer, Spotify mais pas en magasin, car le groupe n’a pas de distrib physique. Ils ont donc publié sur le quotidien belge Le Soir leurs petits calculs.

Sur la plateforme d’écoute Spotify, le groupe touche 0,0041$ par titre écouté et 0,04$ par album. Au bout de 1000 écoutes, bingo, ce sont 40,50$ qui tombent dans la poche de l’artiste. Chez Deezer, les revenus sont presque doublés (0,0083$ par chanson écoutée; 0,0072$ pour l’album en entier; 71,73$ au bout de mille écoutes.

Pour l'instant, les services de streaming existants ne rémunèrent pas réellement la musique. Or, Spotify et Deezer ne sont pas (que) des sites de promotion de la musique.

Ils s'affichent aussi comme les nouvelles radios et les nouveaux diffuseurs (et magasins ?) de la musique. Dans ce cas, ne devraient ils pas prendre en charge la totalité des missions et du rôle des radios et des "magasins"/diffuseurs ? Sarkozy a aussi annoncé son intention de lutter contre le streaming illégal par l’adoption d’une nouvelle loi : Hadopi 3. Où en sommes nous ?

  • Intervenants :

Emmanuel Torregano,  Journaliste et Fondateur d'ElectronLibre en février 2008.

Rémi Bouton, Expert de l’industrie musicale, journaliste, responsable de la cellule Musique et Innovation de Paris Mix.

Michel Donval, Juriste et guitariste, vous vous êtes spécialisé en droit de la propriété littéraire et artistique.

Fichier audio: