[caption id="attachment_1477" align="alignleft" width="300" caption="La Linn Drum LM1. Un monument dans l'histoire du son de Prince. Show some respect."]

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- Première partie -
Quel est le mystère? Qui a eu raison, qui a eu tort? Il est très difficile de savoir si Prince a raté un train, ou si on se retrouve une nouvelle fois face à une pirouette stratégique incompréhensible.
Tout partait très bien, pourtant: avec Internet, Prince avait trouvé le moyen parfait d'être totalement indépendant, les fans avaient un accès privilégié à un paquet de musique plus ou moins gratuitement. Mais pile au moment où il aurait du assoir son statut d'artiste innovant (il y a une quinzaine d'années déjà, Prince sortait son jeu de réflexion-aventure sur Cd-rom et le joueur était récompensé par une chanson live inédite!), il recule partout où tout le monde fonce et se fâche avec une partie de sa fan-base en jouant les gendarmes partout où son image apparait. Oui, le téléchargement illégal l'a rendu parano (qui ne le serait pas), et le comportement de tout le réseau a été modifié. D'aucuns se résignent à être actifs en ligne pour suivre le sens du vent, d'autres cherchent le fameux "buzz", mais il faut compter avec Internet, l'animal qu'on ne peux pas abattre mais qu'on peut essayer de dompter assez pour pas se faire embrocher. Je suis même persuadé que vous trouveriez très bizarre qu'un groupe que vous venez de voir sur scène soit totalement absent du net, pas de myspace, pas de site, pas de facebook, rien. Vous en viendrez presque à vous dire qu'il n'existe pas vraiment. Et Prince a effacé au maximum son identité numérique.
[caption id="attachment_1478" align="alignleft" width="300" caption="Prince trouve que c'est pas du tout le moment de jouer à Jacques-à-dit."]

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Tout ça pour en plus scier la branche sur laquelle il était assis: les andouilles du juridique ont omis d'enregistrer le nom de son site et Prince doit ferme son NPG music club. Précisons que N.P.G., pour New Power Generation, est le nom de son groupe depuis 1988...
Quand les fans avaient pris pour habitude de faire péter la Visa pour la moindre offre en ligne, l'artiste ressort des albums uniquement disponibles en physique. Lotus Flower finit par apparaitre, un nouveau "club" qui nécessite de lâcher 77 dollars (je l'ai fait...) pour avoir accès à trois nouveaux albums (deux si on ne compte pas celui de Bria Valente, une vague chanteuse qui chouine sur un vagabondage r'n'b) et quelques vidéos, pour la plupart vues et revues. Mais qu'est-ce que j'ai fait de mal? J'ai tout payé les disques, j'ai lâché des sommes pornographiques pour des trucs à l'intérêt discutable, on m'a promis bombance de musique et je dois revenir à zéro? Prince a fait office d'exemple: avant même que tous les bars et restos se mette à playlister sa musique de fond sur Deezer, un artiste tenait la promesse que la révolution internet faisait. Aujourd'hui encore, tout le monde cherche encore quoi faire de bien avec ce truc informatique. Les réussites artistiques et marketing sur le net font encore office de surprises, et un Sliimy est montré partout en ville comme "découvert sur internet" comme si on venait de le trouver on fond d'une botte en caoutchouc. On s'étonne du rythme hebdomadaire de La Chanson du Dimanche, quand Prince est dans la capacité de livrer sur son site un album par semaine. Sans rire. Ça lui est arrivé de le faire pour de vrai. Et maintenant silence radio? Alors que The Streets viennent de twitter un nouvel EP gratuit?
[caption id="attachment_1480" align="alignleft" width="300" caption="Prince ne peux plus étendre son linge peinard"]

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Depuis 2005, Prince est à l'ancienne. Prestations télévisée, tournées (qui prennent le soin d'éviter la France, merci), albums dispos en premier dans les bacs. Et surtout, Prince joue. Sans arrêt. Et que vas-y les shows privés, les résidences à Las Vegas, les festivals et les 21 dates d'affilées à l'O2 de Londres. Une omniprésence live qui ne ressemble pas aux tournées monstres, mal nécessaire choisi face à la crise du disque, pour que les petits Madonnas et les petits Coldplay puissent manger des cakes au tofu bio en compagnie de leurs pandas apprivoisés (je dis ça parce qu'ils sont riches. C'est hors de prix, un panda). Vous me voulez? Venez me chercher. "Real music by real musicians". Alors que la musique devient impalpable et volatile, la performance live est un "+ produit" imparable, avant un éventuel bond en avant dans la recherche dans le clonage. Il y a presque un coté "tendance bio" dans cette volonté de revenir à des fondamentaux en terme d'exposition médiatique. Alors qu'on se fait inonder la tête par je-ne-sais-qui ou je-ne-sais-quoi, que tout le monde à un milliard de trucs essentiels deux fois par jour sur une newsletter (au fort), Prince apparait par surprise et il faut pas se louper. Il faut se déplacer, tout ça, se renseigner, guetter le truc, avec le stress de rater l'évènement. Et c'est pas "rendez-vous sur mon blog dans 23 minutes, mon pote Néné a filmé de loin sur son mobile.". Pas vu? Pas vu.
Prince en live, c'est une tuerie intersidérale. Quand il demande au public si il y a des gars dans la salle, je crie. Quand il demande si il y a des filles dans la salle, je crie. Et ça, c'est quand je me contente de regarder les dvds. Et malgré le ventre mou qui pousse dans sa discographie depuis un moment, un concert du bonhomme est riche en délices promis. Prince arrive à Paris début septembre pour faire Taratata, le Grand Journal et La Musicale de Canal +, et deux Olympias. Certes, avoir passé 20 ans à s'ébrouer tranquille sans la menace Emule donne un départ gagnant dans la course à la survie dans l'industrie du disque, mais le type a presque tout fait pour saboter son marketing: il s'est même pointé sur des plateaux télé américains pour promouvoir un album destiné à ne jamais sortir. Customisez vous-même la fin de cet article, en rajoutant par exemple une comparaison avec un oiseau rare, ou un vanne sur Mylène Farmer qui pourrait éventuellement nous rendre service en transformant son sens de la rareté en disparition permanente, faites comme vous le sentez. Puis tentez l'enthousiasme de voir un concert arriver, le plaisir d'écouter le nouveau disque qui vient de sortir, toutes les surprises qu'autorisent la musique. Prince, ça existe qu'en vrai.
Pierre