FOCUS SUR LA PLAYLIST – l'interview d'Alice et Moi

FOCUS SUR LA PLAYLIST – l'interview d'Alice et Moi

27 novembre 2017

Artistes en floraison - Chaque mois, Radio Néo vous propose de découvrir les nouvelles entrées en playlist. En novembre, le projet Alice et Moi avec le titre « Filme moi » est mis à l'honneur. Rencontre avec la jeune chanteuse Alice Vanor.

Après avoir terminé ton master de journalisme à Sciences Po en 2016, tu t'es consacrée entièrement au projet Alice et Moi. Envisages-tu de devenir journaliste ou bien souhaites-tu te lancer dans une carrière musicale ?

Aujourd'hui, je me concentre uniquement sur la musique. J'ai toujours voulu faire de la musique. Depuis que je m'y consacre entièrement, ma vie a complètement changé. Je me sens tellement bien que je ne me vois pas faire autre chose que de la musique. J'y pense tout le temps. Cependant, il y a plein d'aspects dans le journalisme que j'adore : l'écriture, les images, les documentaires. Peut-être que plus tard je me lancerais dans ce genre de projet, mais ce n'est pas ma priorité pour le moment.

Dès ton plus jeune âge, tu baignes dans la musique : ton père est un ancien membre d'un groupe punk. Comment es-tu passée de l'influence d'un père féru de punk jusqu'à la musique pop aujourd'hui ?

Mon père m'a donné le goût de la musique, c'est sûr. Depuis que je suis toute petite, mon père joue de la guitare avec moi. Ma mère aussi écoutait beaucoup de musique : elle allait voir les Rolling Stones en concert. J'ai toujours baigné dans une atmosphère un peu cool, un peu rock. J'adore la musique rock comme The Clash, The Cure... De mon côté, j'ai toujours écouté d'autres artistes comme Vanessa Paradis. Quand j'étais enfant, je chantais à la fin du dîner entre amis la chanson « Pourtant » de Vanessa Paradis ! Mon père a une voix punk qui déchire. Moi, j'ai une plus petite voix, plus douce, alors c'est vrai que je m'identifiais parfois à des artistes comme Vanessa Paradis. Sa voix est honnête, naturelle : quand elle chante, elle raconte une histoire et ça me touchait beaucoup quand j'étais petite. Je me sentais dans mon univers, même si j'adore le rock. Plus tard, j'ai découvert le groupe La Femme que j'adore. En ce moment, j'écoute pas mal de rap français avec mes petits frères, comme Lomepal ou Nekfeu. L'accent mis sur le texte me plaît beaucoup.

Le nom « Alice et moi » laisse entendre l'idée d'une personnalité double. Que signifie ce nom et comment le projet est-il né ?

Quand j'étais à Sciences Po, je faisais déjà de la musique mais sous mon vrai nom, Alice Vanor. Mais je ne m'y consacrais pas encore à plein temps. A l'époque, je travaillais déjà avec Ivan Sjoberg. J'écrivais mes textes en français et Ivan m'a donné des conseils. Lorsque j'ai fini mon master, je me suis rendue compte qu'il y avait ce côté double en moi : un moi quotidien et un moi projeté sur la scène. J'avais envie de basculer de l'autre côté, d'intervertir avec le monde réel et d'aller vers un univers magique. Il y a un an, pour monter mon projet « Alice et moi », Jean-Baptiste Beurier a travaillé les sons et Ivan sur la compo. Je leur ai expliqué ce que je voulais : chanter en français avec un style électro un peu mélancolique. C'est mon projet, mais dans la musique on travaille toujours entouré. Et puis nous sommes arrivés à ce petit bébé que j'aime bien. Je suis très contente !

En mars 2016, tu es conviée par les inRocks lab à la Gaîté Lyrique à Paris pour donner un concert. Que retiens-tu de cette expérience ?

C'était mon deuxième concert alors je vais être honnête : j'ai du mal à regarder ce live ! J'étais très stressée (et malade...). Mais j'ai quand même adoré, il y avait beaucoup de monde. J'étais très impressionnée. Finalement, c'était une belle expérience. Et grâce aux inRocks lab, j'ai rencontré le manager qui a créé le festival « Cabourg, Mon Amour », avec qui je travaille maintenant.

Le 27 octobre est sorti ton premier EP « Filme moi ». Que raconte-t-il ?

Il parle de la vie moderne, de sentiments universels, d'amour et de solitude. Se sentir seul dans la foule est un sujet que j'aborde avec le titre « Il y a ». L'EP évoque aussi le narcissisme, mais pas au sens négatif du terme. C'est plutôt le fait d'avoir envie d'être vu, d'exister, comme avec le titre « Filme moi ». Toutes mes chansons sont un peu mélancoliques... C'est juste un peu moi. J'écris sur ce qui me touche dans ma vie : des soirées, des regards, des amours, un peu de jalousie aussi. En tout cas, rien est inventé dans ce premier EP, j'essaie d'être sincère.
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Comment s'est déroulée cette toute première expérience ?

Ivan m'a aidé sur la compo, on a travaillé les sons dans le studio de JB et j'ai écrit les paroles. Pour le mix et le mastering de l'EP, Perceval Carré et Benjamin Savignogni ont bossé avec nous. Je donnais les lignes directrices, mais c'est un projet qui a pu voir le jour en travaillant ensemble.

Un style plutôt électro-pop aux tonalités synthétiques se perçoit à l'écoute de ton EP. Quelles sont tes influences musicales aujourd'hui ?

J'aime beaucoup le groupe La Femme (mon gros coup de cœur), Odezenne pour son univers et ses textes, Stromaé avec ses paroles déchirantes sur de la musique dansante... Aujourd'hui, il y a énormément de jeunes artistes talentueux. Le monde de la musique est riche de nouveaux artistes dont je m'inspire tout le temps. La nouvelle génération d'artistes écoute des styles musicaux qui se mélangent, qui se complètent, et c'est une source d'inspiration incroyable.

Le titre langoureux « Filme moi » fait partie des entrées en playlist du mois de novembre. Comment a-t-il été composé ? Évoque-t-il une expérience personnelle ?

« Filme moi » est un titre très fort pour moi. J'avais déjà une certaine idée en tête avant de le composer. Ivan m'a envoyé une première version et on a tout de suite senti qu'on allait dans la bonne direction. Et puis le morceau s'est fait très naturellement. JB a trouvé les petits synthés du début. On trouvait le rythme entêtant. Pour la signification du titre, il y a deux visions : une vision sensuelle d'une fille qui dirait à son copain ou à sa copine « filme moi, garde quelque chose de nous ». Et une vision plutôt existentielle, presque malsaine à force de répéter « filme moi ». On a envie d'être vu, de faire partie du monde, d'être apprécié à sa juste valeur.

Le clip, sensuel et rétro, fait penser à des vidéos de vacances filmées avec un vieux caméscope. Quel lien entretient-il avec le titre « Filme moi » et comment a-t-il été réalisé ?


Il y a tout d'abord un côté camgirl dans le clip. Je me filme avec une webcam pour montrer le côté sensuel et évoquer l'envie d'être vue. Je trouve l'image des camgirls assez forte pour faire passer ce message. En revanche, il n'y a pas de critique d'une société trop « narcissique ». Ce que je critique, c'est le fait de ne pas se voir, même à travers des écrans. Les jeunes qui passent leur temps à prendre des selfies ont envie d'exister. C'est incroyablement humain et je les admire. Dans le clip, il y a aussi un côté vacances qui rappelle les petits moments de bonheur, d'intimité. Les garçons avec qui j'ai bossé sur cet EP apparaissent dans le clip et ça me fait plaisir de garder une trace de cette première expérience. Le clip mélange l'aspect un peu barré, un peu triste avec l'aspect plus dansant et plus léger. J'ai ces deux côtés en moi, je voulais un clip et une chanson qui me ressemblent.

Pourrons-nous assister à tes concerts prochainement ?

Le 8 décembre, je donne un concert au Pop-up du Label à Paris. Adrien, un de mes musiciens à la basse et au synthé, organise une exposition. Ça sera un concert amical et intime, l'entrée est gratuite. Le lendemain, le 9 décembre, je fais les Bars en Trans à Rennes. D'autres concerts sont prévus mais ils ne sont pas encore annoncés.

Quels sont tes projets pour l'avenir ?

Désormais, chaque chanson de l'EP a son propre clip. Les clips des titres « Eoliennes » et « Il y a » vont sortir très prochainement. Actuellement je travaille sur d'autres chansons. Et puis mon objectif serait de faire plusieurs concerts et festivals, et de vivre encore des moments intenses !

Par Laura Barbaray