FOCUS SUR LA PLAYLIST – l'interview de MOU

FOCUS SUR LA PLAYLIST – l'interview de MOU

28 février 2018

Artistes en floraison - Chaque mois, Radio Néo vous propose de découvrir les nouvelles entrées en playlist. En février, l'artiste nantais MOU avec le titre « Godbless » est mis à l'honneur.

Tu es cuisinier à tes heures perdues à Nantes. La musique reste-t-elle un passe-temps ou envisages-tu de quitter tes fourneaux ?

Pour commencer, disons que je suis musicien à mes heures perdues. Ma formation de base c’est la restauration, alors que je n’en ai jamais effectuée pour la musique. On va dire qu’il est un peu trop tôt pour moi d’envisager de quitter mes fourneaux. Bien que ces derniers temps je me penche énormément sur ma musique et les projets à venir. Laissons le temps aux choses, voir comment cela évolue, et pourquoi pas, un jour quitter ma cuisine, quand la route sera plus claire… Je suis de nature anxieuse, j’ai besoin de savoir où les choses m’emmènent avant de foncer.

D'où vient ta passion pour la musique et comment es-tu entré dans le monde musical ?

J’ai toujours écouté énormément de musique, mes parents n’avaient pas beaucoup de vinyles mais les écoutaient tous les jours. J’ai aussi deux grandes sœurs qui adorent la musique, beaucoup de chanson française en réalité. Et par la suite j’ai commencé à squatter la médiathèque de ma ville natale avec des potes, pour chopper des skeuds et les graver à la maison pour agrandir ma collection. Je suis entré dans le monde musical en faisant des rencontres, principalement une fois sur Nantes. Ça a commencé avec Bâton (batteur de Rhum for Pauline), il m’a beaucoup conseillé sur comment avancer là-dedans. Ensuite, c’est allé assez vite, je connaissais aussi Lenparrot, et ces deux-là sont liés au label Futur. Futur m’a programmé pour leur festival qui est organisé tous les ans en juillet à Trempolino. Et à partir de là, j’ai rencontré La Brousse, le co-fondateur du label, qui m’a proposé de bosser sur ses prods. C'est le beatmaker de l'EP et il a aussi fait toutes les instrus.

On te décrit souvent comme « ni rappeur et ni chanteur ». Es-tu d'accord ? Quelles sont tes influences musicales ?

Je suis relativement d’accord même si je ne suis pas fan des étiquettes que l’on peut donner aux musiciens. Mes influences sont principalement hip-hop, mais ma famille n’écoutait que de la chanson française donc ça a dû avoir un impact sur ma musique aussi. Pour les artistes qui m’ont vraiment marqué, il y a Doc Gynéco avec « Première Consultation », Oxmo Puccino avec « L’amour est mort » ou encore Fabe avec « Détournement de son ». A présent, des groupes comme Mild High Club, Homeshake et des gars comme Muddy Monk font partie des artistes que j’écoute beaucoup.

Ton nom d'artiste « MOU » laisse imaginer une certaine nonchalance, une certaine mollesse dans tes chansons. Pourquoi avoir choisi ce nom, un brin provocateur ?

En effet, je voulais marquer la chose. Je suis relativement calme, voire mou personnellement et je me suis rendu compte que dans ma musique, cette nonchalance revenait. Cela me semblait logique de ne pas vendre quelque chose qui n’était pas moi, je pense que les gens sont prévenus quand ils écoutent mes tracks !

Ton premier EP « Full Sentimental » est sorti le 19 janvier 2018. Qu'exprimes-tu à travers tes chansons, aux rythmes lents et ankylosés? Y a-t-il un rapport avec ton nom d'artiste « MOU » ?


Le but de cet EP était de tester d’autres choses avant tout. Me prêter plus à chanter, sur des beats dont je n’étais pas habitué auparavant. Ce qui reste cool, c’est que La Brousse a aussi une très bonne culture hip-hop donc on a pu trouver un terrain d’entente. J’essaie juste de parler de mon quotidien, des choses qui m’entourent, parfois de détails futiles mais aussi de délires plus lointains et imaginaires.


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Le titre de ton EP fait-il référence à Alain Souchon ?

Je suis un grand amateur de jeux de mots, et pouvoir faire un clin d’œil à la chanson française tout en expliquant que l’EP est rempli d’amour c’était parfait.

A l'écoute de ton titre « Godbless », on ressent de l'amertume. Les paroles sont incisives et mélancoliques. Quelle émotion souhaites-tu partager à travers ce titre ?

A la base, je voulais créer une mélancomédie, ce que personne n’a compris. Je parle d’un chien qui se nomme Godbless, qui me mène la vie dure. J’ai essayé de l’imager comme si c’était une personne, en décidant que ses croquettes seraient des corn flakes et qu’il s'éclipsait dehors quand il y avait trop de fumée de clopes à l’intérieur. Tout ça, sur une instru très mélancolique, pour contre-balancer la chose. Mais finalement, chacun en fait son histoire et ce n’est pas plus mal.

Comment a-t-il été composé ?

Lorsque Quentin (La Brousse) m’a envoyé cette prod, je savais qu’il fallait faire quelque chose avec mais je ne voulais pas tomber dans le côté « drama », c’était trop facile. Et puis, j’ai tendance à mater beaucoup de vidéos de chiens sur Instagram, ce qui est arrivé le jour où j’ai écouté l’instru de « Godbless ». Du coup c’est allé assez vite pour écrire ce texte car l’envie d’avoir un chien me démange depuis un petit moment… J'adore les chiens, c'est une passion depuis tout petit. Je pense qu'on retrouvera le thème canin dans d'autres sons.

Le clip de « Godbless » te met en scène dans une maison presque vide avec ce fameux chien. Tu sembles planer dans une atmosphère surréaliste. Que signifie le clip et comment a-t-il été réalisé ?


Le but était de mettre en avant juste un chien et moi, raconter une histoire à deux, et que derrière la jolie tronche de ce chien, il me menait la vie dure… Amener une vision surréaliste était cool car cette chanson l’est complètement, je fais quand même un titre sur un animal qui n’en a rien à faire de mes dires et me laisse sous les décombres de ces conneries.
Le père d’une de mes amies a un grand domaine avec de vieux bâtiments abandonnés. En plus de cela, il possède 3 ou 4 chiens donc le cadre était idéal pour tourner le clip. Ensuite, j’ai contacté Zoé Cavaro, qui avait déjà travaillé avec moi auparavant, je lui ai expliqué le thème, le contexte, et elle a réussi à retranscrire dans les images tout ce que je désirais. C’est elle qui a fait le travail, car j’avais des idées en tête mais elle a très bien réussie à apporter sa touche.

Quels sont tes prochains concerts ?

Le 17 mars au Pop Up du Label à Paris, c’est une réunion du gang Futur. Il y aura les différentes signatures que le label a pu faire ces dernières années, avec Ricky Hollywood, Ed Mount et moi-même. Mais aussi, Voyou, qui est un pote à nous, en dj set avec La Brousse et Raphael d’Hervez, les fondateurs du label.
Sinon il y a le 5 mai au Pannonica à Nantes, pour une carte blanche de Lenparrot. Une belle réunion de copains avec Tonus, La Muerte, Discolowcost et Lenparrot himself.

As-tu des projets pour l'avenir ?


Pour le moment j’écris. De nombreuses choses risquent d’arriver d’ici peu, avec pas mal de surprises. Je n'ai pas de projet d’album pour le moment, le format d’EP me plait bien, ça me permet de peaufiner mon univers et pouvoir garder une cohérence sur le projet.


Par Laura Barbaray.