Mansfield TYA

Mansfield TYA

Julia Lanoë et Carla Pallone forment au début des années 2000 le duo Mansfield.TYA. Elles choisissent ce nom en hommage à la muse d’Anaïs Nin et d’Henry Miller : June Mansfield. Après une première démo (Salope, 2003), puis un maxi (May, 2004), elles sortent en 2005 leur premier album June, chanté en anglais et en français. La presse le définit comme un disque minutieux, épuré, touchant et bien en marge de la nouvelle scène française. Suivra rapidement un EP, Fuck, compilant une White Session (Lenoir, France Inter) et plusieurs extraits live de leur tournée (internationale) du moment. Retour en 2009 avec un deuxième album Seules au bout de 23 Secondes, qui conserve les caractéristiques de June tout en les affirmant. Si Julia chante et Carla joue du violon, les autres ins- truments (guitare, piano, batterie, basse, harmonium, etc.) s’échangent et se confondent volontiers. Les deux complices in- ventent ici des espaces sonores où la fragilité avoisine la folie. Après un joli succès médiatique et dans les salles, Mansfield.TYA écrit la musique d’un spectacle de danse contemporaine, puis part jouer en Chine. À son retour, le groupe sort La petite troupe ne connait pas la peur IV, un nouveau 45 tours accompagné d’une série d’affiches. Rapidement, dès 2011, Mansfield.TYA sort Nyx, son troisième album studio. Nouvelles chansons ayant pour thème central la Nuit, en référence à Nyx, sa déesse et sa personnification. Per- cussions entêtantes, litanies, voix et violons multipliés ou dis- tordus, Nyx passe par tous les états que suscite la nuit (rêves, phobies, hallucinations, fantasmes). Cet album, qui assied un peu plus la notoriété du groupe (double-page dans Les Inrocks, deux titres en playlist sur France Inter, sujet au Grand Journal de Canal+, longues tournées conclues par une Cigale, prix de l’Aca- démie Charles Cros), est enrichi d’un long-métrage réalisé par thomR & Mansfield.TYA : Nyx, Sommes-nous les enfants de la nuit ? (2012), puis de ReNYX (2012), double vinyle de remixes et reprises de Nyx par 21 artistes venus d’horizons différents : PlanningtoRock, Scratch Massive, Shannon Wright, Françoiz Breut, Laetitia Shériff, La Chatte, Mesparrow, Tender Forever, etc.). Cette séquence est achevée par la parution de ‘La jungle nous appelle’ dit-elle (Disquaire Day 2012), 45 tours compre- nant une surprenante (et magnifique) adaptation du titre “Les Rebelles” de Bérurier Noir. Nous retrouvons Mansfield.TYA cette année, plus sûr de son art que jamais, avec un nouvel album Corpo Inferno, écrit à quatre mains, quasiment intégralement en français. Si l’identité de Mansfield.TYA est désormais installée – omniprésence de cordes, de voix, répétitions de courts motifs mélodiques, harmo- niques ou rythmiques –, Corpo Inferno impressionne par sa puissance, sa sophistication, son audace et sa beauté fulgurante. Assistées pour la première fois du studio Shelter (Scratch Mas- sive, The Aikiu, Acid Arab, Jarvis Cocker, etc.) pour la finalisation et le mixage de l’album, Julia Lanoë et Carla Pallone parviennent avec un grand talent et un joli sens de l’équilibre à faire le pont entre les différentes facettes qui ont fait leur renommée, tout en cultivant leur envie d’évolution et leur besoin d’expérimenter. Entre moments ludiques et grinçants (“Bleu Lagon”, “Le monde du silence”), tendus (“Jamais jamais”, “BB”), sombres et cinéma- tographiques (“La fin des temps”), érudits et littéraires (Sodome & Gomorrhe”, “Les Contemplations”), épiques et tempétueux (“La nuit tombe”), l’auditeur sort de Corpo Inferno comme d’une longue épopée sensorielle. Notons aussi la présence de l’artiste américaine Shannon Wright, d’habitude rare et solitaire, venue poser ses mots et sa voix sur un “Loup noir” bouleversant. Avec Corpo Inferno, inédit et savant mélange de chanson fran- çaise moderne, de musique baroque, et d’habillages électro- niques, le duo Mansfield.TYA prouve, si seulement c’était encore nécessaire, qu’il est bien en tête de file des formations les plus passionnantes et brillantes de l’époque. Renverser la table, brouiller les cartes, briser les codes, refuser la facilité, sans arti- ficialité mais avec beaucoup d’âme, de créativité, et un brin de provocation. Rien ni personne ne ressemble à Mansfield.TYA. Rien ne lui fait peur. Rien ni personne ne l’arrêtera.