Le Colisée

Le Colisée

À l'origine, David Nzeyimana, alias Le Colisée, chantait La Fin des Temps ou encore Barcelona seul avec sa guitare. Un projet solo vite abrogé par « Vie Éternelle I », premier EP suave dont la quiétude formelle laissait entrevoir une peur obsessionnelle de la grande faucheuse entre deux nuages de synthétiseurs. Son successeur, « Vie Éternelle II », tout en invitant aussi aux longues sessions de préliminaires sur une herbe fraîchement coupée, s'oppose à son aîné sur plusieurs aspects : plus impétueux, il s'organise sous formes de vagues imprévisibles, comme une longue transhumance dans un labyrinthe de barbe à papa. Cette odyssée sensorielle ne se fait pas en solitaire : Le Colisée est désormais un quintet et n'hésite pas à convier des invités de choix. Ainsi, on retrouve François Marry de Frànçois & The Atlas Mountains sur Age of Love, Témé Tan sur Dire. Qui dit ouverture à de nouveaux membres dit ouverture à de nouvelles envies musicales. Tous ensemble, ils célèbrent l'hédonisme et la douceur de vivre dans une grande messe pop aux crochets jazz fusion, comme un Laurent Voulzy qui déballerait son coeur grenadine sur un lit de Weather Report. Plus versatile que par le passé, Le Colisée se permet des incartades trap (Géraldine), house (Knuckles qui est un morceau d’inspiration directe de Frankie Knuckles) procurant du relief à cette synth-pop assumée qui ne craint pas de composer avec le mauvais goût. C'est dans la décomplexion savante, la maîtrise des codes de la pop comme de l'expérimental que l'auditeur trouvera le salut. Car derrière cette production minutieuse, clinique, derrière certains synthés volontairement cheesy, ces chorus un peu guimauve se cache une poésie sophistiquée et radicale qu'il vous faudra attraper au vol. Et à ceux qui crieront à l'anachronisme, l'on peut d'ores et déjà rétorquer que Le Colisée a toujours un coup d'avance.