Talisco

Talisco

Il a observé la Cité des Anges depuis les hauteurs de Mulholland Drive, au-dessus de la canopée urbaine, “pour contempler les lumières les plus brillantes de la ville”. Pour faire la lumière sur soi. Le deuxième album de Talisco, Capitol Vision, illustre ses trois dernières années, son immersion californienne, la love Story avec L.A., les tournées un peu partout dans le monde et les plongées plus intérieures en studio. Ses nouvelles visions, capitales. Talisco en mode radical. “Frontal” préfère l’artiste qui a sorti les griffes et durci le ton. L’heure est à l’af rmation : guitares cinglantes, cordes métalliques, jamais mécaniques, souf antes électro et hymnes indie-pop... Il revient de son périple américain marqué au fer rouge, à l’image du titre qui ouvre l’album “A kiss from L.A.”. Un baiser brûlant, une morsure. “C’est un album plus brut que le précédent car je raconte des histoires que j’ai réellement vécues, il n’y a pas de fantasme, de personnages de ction, de faux Talisco, c’est ma réalité”. Un homme dans la ville, pas dans le rêve américain. Colors. A l’image du lm de Dennis Hopper, Talisco, le “street artist” aux pinceaux musicaux, a réalisé une fresque urbaine riche en couleurs et pleine d’humanité. Il y est question d’ombres et de lumières, d’une course folle (“The Race” : “Un jour, quelqu’un m’a dit que je n’avais même pas franchi la ligne de départ que j’étais déjà en train de négocier le virage de l’aire d’arrivée ! C’est vrai, je vis pied au plancher, c’est mon monteur et ma perte...”) et d’une retraite loin du monde des hommes (“The Martian Man”), de démons et de spectres. De brûler la chandelle et même de lutter contre la mort, trois titres étant dédiés à un proche décédé en 2015. “Dans le morceau “Behind the River”, j’ai fantasmé son voyage vers l’au-delà pour rendre les choses plus belles, plus douces, plus acceptables...”. Un gospel hors format, sans refrain, avec linceul de synthés et déchirures de guitares. Dans “Sitting with the Braves”, transe psyché rock aux lézardes de larsen, il combat à sa manière la grande faucheuse : “Elle rode autour de sa chambre, on ferme les volets, on se barricade pour qu’elle ne puisse ni le voir ni le prendre...”. Ghost dance. S’il ne court plus, Talisco reste résolument en mouvement. Tout autant storyteller que storyboarder, le musicien-réalisateur crée de somptueux décors et enregistre en fonction des lumières du jour ou de la nuit, entre couchers de soleil et néons des clubs downtown, from L.A., New York ou Berlin. Il frappe ses Fender, fait cracher la fuzz et tricote des dentelles sur de vieux synthés analogiques (Prophet et Jupiter), sans tomber dans les clichés rock ni l’urgence binaire. Prendre le temps de trouver le bon tempo. Tout au long de l’album, Talisco chemine entre riffs sauvages et orchestrations luxuriantes, gueulantes saturées et chants choraux. Caresses ou coups de latte. Vision globale. Tel un alchimiste des studios, Talisco a assemblé d’hypnotiques légos électro, triturant les sons, les tordant, il a même bricolé sa Fender Stratocaster pour faire rugir la bête : “J’ai mis mes sons un peu plus à nu et utilisé beaucoup de samples que j’ai explosés dans tous les sens, bien plus que sur Run, pour un rendu plus frontal, plus animal”. Il s’est également adjoint les services d’une des pointures US, Jaycen Joshua (3 Grammy Awards et pas mal de stars à son tableau de chasse, dont Jay Z, Justin Timberlake, Iggy Azalea, Snoop Dogg, Little Dragon etc.) pour mixer l’album. “Capitol Vision est né d’une volonté d’être entier, je n’avais pas envie d’être poli”, résume celui qui y pratique les contrepieds et les passements de samples avec jubilation. C’est aussi un disque “live style”, marqué par la èvre des tournées de ces trois dernières années. “Donner de la place aux instruments, ne surtout pas étouffer leur caractère”, magni er sans embellir... De son home studio, Talisco lorgne les grands espaces et dessine sa propre mappemonde. On le sait, qu’ils aient les fesses posées sur un nuage ou le nez collé dans nos affaires terrestres, les anges vivent dans une autre dimension.