Jain

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Vous auriez pu la rencontrer au Congo, Elle vous aurait demandé de la suivre chez Monsieur Flash, un artiste génial, programmateur musical passionné qui lui a appris la rythmique dans son micro studio de Pointe-Noire. Pendant que des rappeurs locaux auraient placé leur flow mêlant rumba et soukous, elle aurait décliné les accords de Wonderwall sur une guitare d’emprunt comme autant d’histoires d’amour inoubliables postées sur son Myspace. Vous auriez pu la croiser à Abu-Dhabi, bercée par les chants de Fairuz, ou réveillée par les tambours de Fela Kuti sur les chemins de l'école. Entre la sobriété et l'éclat, la nuit et la pureté. Vous l'auriez trouvé fouillant parmi les contrastes dont elle s'inspire, rêvant de Nina Simone en dansant sur les Beatles. Blanc et Noir ; le voici son uniforme. Alors qu'elle n'a que 16 ans, cette globe trotteuse passionnée de son, croise le chemin de Yodelice.Il tombe littéralement sous le charme de sa singularité ; cette faculté à gratter son quotidien sur du papier, avec la facilité d'un vieux blues Man, le tout en mélangeant électronique et sons de synthèse. Ensemble ils élaborent des petits laboratoires, entre beat Making et percus africaines, ils affûtent ses chansons pour en ressortir un son hybride…Demandez lui ce qu'ils bricolent dans ce Labo, elle vous répondra "un Melting Pop". Vous auriez pu vous croiser chez elle au milieu d’un synthé , d’un looper, ,d’une MPC. Vous auriez pu écouter ensemble ses vinyles du Buena Vista Social Club et de Gesaffelstein en mangeant de l’houmous. Vous auriez pu la croiser à Pau ou à Madagascar, à Dubaï ou à Toulouse, au Zénith de Paris ou à l’Amphithéâtre de Lyon, en première partie de Yodélice, Seal, ou de Christine and the Queens. Elle vous aurait fait une démonstration de danse africaine sur du Eminem, une impro de percussions sur Otis Redding. Elle vous aurait fait redécouvrir Miriam Makeba, M.I.A, Méthod Man. L’Ethno-Jazz versus le hip-hop alternatif versus le mafioso rap. Pas de cloisonnement mélodique avec elle, pas de lutte d’octaves. Elle aime plus que tout les rencontres, les patchworks, le reggae qui visite l’électro, la dance poétique, le groove qui s’entrechoque à la pop, les allers et venues, les transits, les déracinés, les séparations, les rencontres improbables, les chemins de traverse, son enfance au milieu des gratte-ciel et du désert.Vous auriez pu la croiser un peu partout et pourtant, le seul endroit où vous la croiserez sera entre ici et ailleurs. Vous lui auriez demandé, d’où elle tire cette vitalité mélancolique. Vous auriez regardé ses grigris, sa bague afghane offerte par sa grand- mère, son anneau « secret » en provenance du Sénégal et son bracelet malgache cadeau de son grand-père. Ses anciens lui promettent un si bel avenir. Un rire timide et audacieux. Un rire qui n’hésite jamais. Un rire charmant, enjôleur, un rire comme une note de musique qui vous murmurerait Come. Par Géraldine Maillet.