Bertrand Belin

Bertrand Belin

Bertrand Belin est un artiste complet, un poète à l’écriture singulière, il a beaucoup bâti depuis son précédent album Parcs. Il a publié en mars dernier son premier roman "REQUIN" aux éditions P.O.L , accueilli unanimement par la critique. (le Monde des Livres, Transfuge, Les Inrocks, Télérama…) Cette année aura marqué aussi ses débuts au théâtre dans Spleenorama, la pièce de Marc Lainé (Représentations dans toute la France). On le retrouve aussi dans Low/Heroes, spectacle conçu autour du Berlin de Bowie et mis en scène par Renaud Cojo à la Philharmonie de Paris, une Odyssée visuelle et sonore où se croisent les fantômes et les musiques de Philip Glass et David Bowie. De nombreuses lectures musicales, performances, à la maison de la poésie, aux ateliers d'Aubervilliers, au festival de Manosque notamment. « Tous ces projets, c’est pour ne pas me fermer aux autres, rencontrer d’autres personnes, traverser une communauté, entendre un autre vocabulaire, découvrir les coulisses du théâtre, comprendre comment tout cela se fabrique, ce qui motive les autres à faire ce qu’ils font. Aujourd’hui, Bertrand Belin revient avec son nouvel album Cap Waller. « Comment ça se danse », chantait-il sur Parcs, son précédent album. Ce n’était pas vraiment une question, mais dès l’ouverture deQue tu dis, premier titre de Cap Waller, on sait qu’il a trouvé une réponse. Un appel du pied, le pied qui bat le rythme, le rythme qui fait avancer et transpose ses chansons vers une nouvelle forme fluide et hybride – qu’on pourrait baptiser folk-funk ; Folle Folle Folle, si la musique de Bertrand Belin avait à tout prix besoin d’une étiquette. On le sait maintenant depuis un certain temps (Cap Waller est son cinquième album), Bertrand Belin est un maître-chanteur et maître-guitariste, qui a fait école et aurait pu déposer des brevets. Mais il ne sera jamais un ponte avachi sur ses lauriers. Il a un style et des obsessions profondes, mais aussi la volonté profonde de rester en mouvement, de ne jamais stagner dans une formule. Cap Waller, c’est un nouvel horizon pour Bertrand Belin, où il réinvente sa musique en saillies de guitares acérées et sensuelles, brûlantes, lancées comme des éclairs hypnotiques. « Ma mélomanie me porte à affectionner les musiques qui pulsent, que ce soit le mambo, la rumba, Caetano Veloso ou Mahmoud Ahmed. Simplement, j’ai longtemps eu du mal à accorder ce goût avec mes chansons et ce que j’ai à dire. Depuis toujours, je cherche une voie pour accorder tout ça. Progressivement, j’y arrive. J’ai écrit ces chansons pour mettre le corps en route… ». Cap Waller n’existe sur aucune carte. Mais on peut imaginer que le Breton Belin a longé la côte vers le Sud, jusqu’à une Afrique imaginaire, vers ces confins où le désert rencontre l’Atlantique. Il y a toujours eu beaucoup d’eau dans les disques de Bertrand Belin. De l’eau sous toutes ses formes – de la pluie et de la pluine, l’eau qui entoure les îles, celle qui coule sur les joues, celle qu’un barrage retient, celle qui engloutit, celle qui gèle et brûle… Dans les chansons de Cap Waller, Bertrand Belin invente l’eau sèche : la rythmique comme un sol craquelé par la soif, qu’un seul mot répété ou un motif de guitare suffit à désaltérer. Un désert, puis le mirage d’un eldorado. Dans « désaltérer », il y a « altérer », l’idée du changement, et des autres. Et c’est bien ce qui se joue dans les nouvelles chansons de Bertrand Belin. Dans les arcanes de sa poésie, de mots-sons qui s’assemblent comme des jeux de construction, Bertrand Belin constate le monde moderne, le déclassement, la solitude, la peur de la chute, de la noyade. A travers des personnages comme des silhouettes dans la ville, et des situations floues, Bertrand Belin parle beaucoup de solitude et de rupture. C’est de la chanson réaliste, dans le sens où elle reflète la folie du monde, sa compréhension impossible. Il parle de solitude, mais Cap Waller est pourtant un album doré, solaire, chaloupé, dont les chansons visent la danse et l’amour, la pulsation du pied qui bat le rythme, ou celle du cœur ému. Une pulsation de transe métaphysique. Pour enregistrer Cap Waller, Bertrand Belin est retourné au studio Yellow Arch à Sheffield, dans le Nord de l’Angleterre, où il avait déjà fait Parcs. La même équipe d’amis (Thibault Frisoni aux guitares et aux claviers, Tatiana Mladenovitch à la batterie, Shez Sheridan à la production) et la volonté d’affirmer encore un peu plus un jeu collectif. « Le processus était bien préparé, j’ai commencé par enregistrer mes chansons tout seul dans mon local à Montreuil. Mais je savais que j’allais faire l’album avec Thibault et Tatiana, et qu’on jouerait ensuite ce disque sur scène. Leur mélomanie est différente de la mienne, mais tout se rejoint dans mes chansons. Ce qui compte pour eux, c’est les chansons, on bâtit des morceaux ». Aucun homme n’est une île, et chaque homme est un Robinson. Bertrand Belin, lui, continue d’explorer son archipel. Il a découvert Cap Waller : un point de vue précieux sur le monde.