SARAH MAISON

SARAH MAISON

L’histoire de Sarah Maison débute dans le sud de la France à la fin des années quatre-vingt.

Pensionnaire durant sept années des Beaux-Arts de Nice, Sarah envisage très tôt une carrière d’artiste, confronte concret et abstrait, investigue sur les modes d’expression instinctifs, avant de trouver sa voie : la musique.

Une fois montée à Paris, Sarah délaisse le minimalisme acoustique et solitaire des débuts au profit d’une recherche d’arrangements plus luxuriants pour ses compositions. La première matérialisation sera « Western Arabisant », véritable pavé dans la mare, en forme de gentille revanche sur la vie, tube instantané inclus à la playlist de France Inter comme soutenu par la Souterraine sur la compilation « Semi-Vol.2 » en mars 2016.

Entrer dans l’univers singulier de Sarah Maison s’apparente à franchir le seuil de son domicile. Pas femme à se faire enfermer dans un style, largement influencée par ses origines métissées (mère berbère et père cantalien), Sarah dresse son autoportrait, brouille les pistes, mêle tradition folklorique et rythmes dansants sur lesquels elle appose destextes non dénués d’humour. La décoration intérieure s’avère donc unique, généreuse et riche, entre couleurs vives, tissus chamarrés et formes omniprésentes. Le regard joue aussi un rôle majeur ; au même titre que l’évocation des corps, de ceux que décrivait Camus dans « Noces – L’été à Alger ».

Le reste de l’année 2016 sera dévolu à la défense et au rodage des titres en live. Seule en scène, épaulée tour à tour par une guitare ou des claviers, Sarah se dévoile, jouant de sa présence aussi magnétique que mystique : grandeur et ampleur des gestes, langage des mains déployées autour d’elle tel un vecteur de communication parallèle. Un axe, une direction sont tracés comme pour apaiser son public, matérialisant ainsi divinement le côté tactile de sa musique.

Il faudra attendre le printemps suivant (et la personne idoine : Hedi Bensalem, son complice de longue date) pour achever son premier cycle artistique avec ce premier EP éponyme. L’enregistrement est réalisé lors de plusieurs séances de travail à quatre mains dans le sud, sonnant comme un retour aux sources. Les six chansons étant déjà là, restait désormais à leur donner de la profondeur en réveillant les rythmes, en les ornementant, tout en mêlant les textures sonores.

Le disque débute avec « Barachicha », faux intermède aux accents surannés, appel immodéré à la fête ainsi qu’au dépaysement, comme extirpé du « Clair De Terre » de Guy Gilles : paysages méditerranéens sublimés, bougainvilliers en contrejour, symbolique des détails, des objets ... Tel un tableau lynchien léché éclairé par les derniers rayons brûlants d’un soleil crépusculaire.

La véritable entame a lieu avec « Je Ne Peux Pas Te Voir » dont les évocateurs violons semblent en provenance directe de « Chelsea Girls ». Les majestueuses pépites mineures de Françoise Hardy de cette même période n’étant d’ailleurs jamais très loin. Les amours déçues se voient ensuite définitivement mises de côté sur « Torrent De Chaleur » où Sarah exprime une langueur mélancolique, raconte des histoires sur les expressions de l’âme, met des mots réalistes sur les mouvements émotionnels du cœur sur fond de pop baroque sixties.

La quatrième plage voit une relecture de « Western Arabisant », sobrement rebaptisée « Western ». Celle-ci se voit cette fois présentée dans une version davantage évocatrice de ses composantes primaires, sorte de réconfortante cavalcade imaginaire à la Jodorowsky. A bride abattue néanmoins et de façon totalement libérée de ses modèles.

Arrive après « Muzul », probablement la plus franche réussite de cet assemblage de titres. Etayée par une entêtante rythmique, la voix de Sarah s’élève dans les aiguës, s’envole (‘que le temps semble long, semble long, comme en prison’), survole, enveloppe les nappes de synthé. A moins que ce ne soit l’inverse. Avant de doucement tirer sa révérence une fois le devoir accompli.

Dans la continuité, « Dormir » enfonce le clou en guise de clôture. En arrière-plan tourne une partie de basse aussi ronde et chaude, que progressive. Au premier plan, le chant sophistiqué, tournoie sur lui-même, plane, se détache au-dessus d’un édifice imaginaire. Pour finalement s’éloigner et disparaître dans le ciel.