Granville

Granville

Tout a commencé en janvier 2011, lorsque les deux amis (et colocataires) Sofian El Gharrafi, le guitariste, et Arthur Allizard, le batteur, ont une révélation dans leur appartement de Caen. « J’avais besoin d’une excitation particulière, commente Sofian. Il y avait, plus forte que tout, l’envie de créer un groupe d’influence pop française des années 60, qui rassemblait aussi nos influences américaines plus garage, plus surf. »

Sofian est issu d’une « famille non mélomane », mais se passionne pour MC Hammer dès son plus jeune âge, avant de découvrir le rock au collège. À ce moment-là, il travaille dans un fast-food afin de subvenir à ses besoins et de pouvoir enfin se lancer corps et âme dans la musique. Arthur, lui, est passé par le piano, le solfège, la batterie et la guitare avant de faire une pause pour étudier la communication et s’improviser brillamment manager de groupes locaux. Tous deux ont eu le coup de foudre sonore pour une jeune chanteuse prénommée Mélissa Dubourg, qu’ils découvrent lors d’une soirée open mic dans un bar caennais. Elle a monté un duo de folk anglophone, mais ils sauront vite la convaincre de se convertir à leur religion pop française. Partie de l’école à 16 ans pour devenir exclusivement musicienne, la jeune fille a l’air timide mais son caractère est quant à lui bien trempé : « à l’âge de 6 ans, j’ai fait un an de solfège mais je faisais le bazar, alors je ne suis pas restée… La guitare, c’était vers 14 ans, mais j’ai très vite eu envie d’écrire mes propres compositions. »
Pourquoi Granville ? Parce que c’est la Normandie, leur fief natal. Parce que c’est la plage, mais aussi la porte ouverte sur leurs amours outre-Atlantique et que la première fois où Sofian a vu la mer, c’était là. Normands et fiers de l’être, les musiciens ne cachent pas leurs affinités avec d’autres formations locales (ou pas) : Juveniles, Bengale, Pendentif ou encore Superpoze…

Au grand complet à la fin de l’été 2011, le groupe peut s’attaquer au cœur du public. Ce ne sera pas très difficile, car l’efficacité de ses mélodies et le charme intemporel de ses textes plaisent beaucoup. À tel point que le studio Pick Up leur propose d’enregistrer gratuitement leurs morceaux et que la salle du Cargo les invite régulièrement sur scène. Les jeunes gens dans le vent s’essayent à un tremplin organisé par Ouest-France, puis rencontrent leur tourneur, et enfin Warner Chappell. Début 2012, leur avenir est entre leurs mains. Et le premier album commence, petit à petit, à s’esquisser – avec autant de détermination que de légèreté. Granville sait cultiver son ambivalence… « Il fallait créer un projet qu’on aimerait de tout notre cœur, et qui se démarquerait de la scène caennaise dont nous faisons partie, explique Sofian. Nous avons encore beaucoup à apprendre de nos instruments, et nous ne nous lassons pas d’écouter d’autres musiques que la nôtre. »

Justement, ce qu’écoute Granville est à la fois éclectique et logique. Côté hexagonal, c’est Serge Gainsbourg (« période yé-yé, moins intellectualisée »), Françoise Hardy et France Gall (« que nous aimons beaucoup »). Mais pas d’ombres écrasantes à l’horizon. Selon Sofian, il faut « se détacher de toutes les figures titulaires. J’aime ne pas parler d’influences, mais de références. Cela permet de se désinhiber. » S’ils sont nés dans les années 90 et que les eighties leur ont longtemps paru désuètes, les Taxi Girls et autres Jacno leur parlent de plus en plus. Côté anglophone, chaque membre de Granville affectionne la pop ensoleillée des sixties qui influe sur des groupes d’aujourd’hui comme Beach House, Best Coast, Tennis, Blood Orange ou encore Grizzly Bear. En témoigne Sofian : « Nous nous sentons proches d’eux, tout en piochant dans l’imagerie de la pop française. » On l’aura compris, Granville est déjà capable d’un exploit : celui d’un grand écart à travers la Manche et, mieux encore, l’Atlantique, permettant ainsi à deux univers parallèles de se rencontrer enfin.

Et puis il y a le cinéma. Si le premier clip non officiel du « Slow » (proposé par un fan !) collait des images de Pauline à la Plage à la ballade de Granville, le 7e art est incontournable dans la mythologie du groupe – de Christophe Honoré à Sofia Coppola en passant par Michel Gondry, Wes Anderson, la science-fiction et Michael Cera. Succession de visuels inspirés et inspirants, chaque chanson du groupe est pensée comme un film. Le groupe lui-même obéit à une espèce de scénario : « en espérant que ce ne soit pas une tragédie », ironise Arthur.

« Nous ne voulions pas nous perdre, ni nous ennuyer », affirme Sofian. Pas de risque, la pop acidulée et indélébile de Granville nous reste en tête. Pourtant, Mélissa et ses amis refusent toute prétention déplacée. Ils parlent volontiers de chansons jetables, qui sont en réalité des cadeaux pour des auditeurs qui s’identifieront, quel que soit leur âge, aux histoires et aux sentiments de chaque membre de Granville. Ce premier opus est, qu’on se le dise, un « jeune album dynamique » : frais, plaisant, ensoleillé – à l’image du trio normand. En 2013, la nouvelle vague se décline en toute saison.