Fakear

Fakear

Retrouver ses instincts primitifs. Lâcher prise. S’affranchir des codes de la vie en société, et se laisser partir sur les tapis volants digitaux de Fakear pour délivrer nos pulsions, nos envies de danser, de s’embrasser, de contempler le monde, ou simplement d’être ensemble… C’est parce que les singles de Fakear déclenchent tour à tour des effusions d’émotions qu’ils sont playlistés par les meilleurs DJs internationaux. A 24 ans, son auteur a déja mixé dans les clubs prestigieux de Londres et Tokyo, avant de triompher dans un Olympia complet en octobre 2015. En trois ans et quatre E.P., il est devenu l’un des beatmakers français les plus estimés et les plus reconnus dans le monde. La sortie de son premier album est un évènement musical qui résonne bien au-delà de la sphère électro. Théo Le Vigoureux (son vrai nom) grandit à Caen, dans le Calvados. Ses parents, musiciens, le nourrissent des symphonies de Maurice Ravel autant que des chants d’Ismaël Lô et Cheb Mami. Au lycée, il écoute Daft Punk « comme tout le monde », et gratte sa première guitare dans une tribu ska-punk dans lequel un certain Gabriel Legeleux officie à la batterie (plus connu aujourd’hui sous le nom de Superpoze). En 2013, il gagne un tremplin au Cargö de Caen, puis se forge une réputation sous le pseudo de Fakear (« Fake Ears » en anglais, littéralement « fausses oreilles »). Ses collages électroniques singuliers s’inspirent autant de la scène post-dubstep de Londres, que des films de Miyazaki dont il sample les voix sur « Morning In Japan » en 2013. Installé à Paris pendant 4 ans et signé par l’excellent label français indépendant Nowadays Records, il publie plusieurs E.P., dont Sauvage en juin 2014. Le titre « La Lune Rousse » récolte plusieurs millions d’écoutes en ligne et lui vaut un début de notoriété international. Quelques mois plus tard, Fakear voyage enfin au japon et la réalisation de ce fantasme de gosse bouleverse profondément sa perception de l’art. « Ce pays m’a donné envie d’une musique plus fine, travaillée d’avantage dans les détails », dit-il à son retour, lors d’une interview sur le plateau du Before du Grand Journal de Canal + à l’occasion de la sortie du E.P. Asakusa. De cet esthétique tokyoïte épuré, Fakear va aussi en revenir. « C’était une étape musicale et personnelle que j’ai dépassé. Tout mes morceaux sont un peu comme ça : des photographies de mes sensations et de mon imaginaire à un instant précis. Je ne suis pas le même la veille, et plus le même le lendemain. » Le jeune compositeur explore le monde pour se construire son propre univers, et cette année, il s’est installé loin du bruit des grandes métropoles, perché quelquepart dans les montagnes : « J’en avais besoin, pour saisir à nouveau quelquechose de primaire, de sauvage et d’authentique. » Le titre du disque renvoie à cette silhouette de loup qu’il s’est fait tatoué sur l’avant bras, Animal. Chez Fakear, les machines ne filtrent jamais ses instincts, elles les amplifient. Renvoyé ici à sa condition de créature terrestre, l’homme habite ce premier album de la façon la plus rudimentaire, grâce aux émotions brutes qui émanent des voix : onomatopées étranges sur « Animal », comptines d’enfants sur « Red Lines », refrain flamenco répété en boucle sur « Sheer-Kahn », ou composition originale d’Andreya Triana (Bonobo) sur « Light Bullet ». Sur deux autres morceaux, Fakear est rejoint par la chanteuse Rae Morris, nouvelle étoile de la pop anglaise avec qui il entretient une élégante complicité depuis quelques mois. Glapissements primitifs ou mélodies sensuelles, les vocaux sont toujours insérés dans des décorums sonores que Fakear confectionne à partir de sons piochés autours de lui. La composition demeure pour lui un exercice artisanal avec, ici et là, les scintillements cristallins d’une cuillère qui résonne sur le service en cristal hérité de sa grand-mère, ou le grincement sourd de l’escalier en bois de la maison de ses parents (sur « De La Luz »). Des paquets de semoule se transforme en shaker sur « Animal », des frappes de derbouka tapissent « Jonnhae », des claps et des snaps nés de ses mains nues courent un peu partout…. Les tympans les plus fins relèveront peut-être de minuscules décalages, des altérations à peine audibles, volontairement laissés sur le disque. « Après avoir pianoté mes beats sur le pad, je ne recale pas systématiquement chaque sample ou chaque son par ordinateur. » Fakear revendique ainsi une façon naturelle de véritablement « jouer de la musique électronique », en assumant sa condition de musicien jusque dans ses petites imperfections humaines. Ceci explique que le résultat soit aux antipodes des productions de techno industrielles, et rarement l’électro n’a porté en elle autant d’humanité. Animal propose à l’auditeur une expérience, un voyage. L’album s’écoute aussi bien que sur un dancefloor en transe qu’en contemplant un ciel étoilé au clair d’une « Lune Rousse ». On peut l’apprécier pour le groove, autant que pour les émotions qu’il procure, presque spirituels par instants. En studio comme sur les planches, la musique de Fakear est bien vivante. Incarné. Instinctive. Définitivement Animal.